Le procès des trois hommes accusés d’avoir séquestré et violenté l’influenceur automobile Akram Junior en août 2021 a été brutalement interrompu. En cause, une vidéo Snapchat présentée par une témoin de dernière minute, qui pourrait remettre en question la présence de l’un des accusés sur les lieux du braquage.
Un procès très attendu
Depuis le 1er septembre, la cour d’assises des Hauts-de-Seine juge trois individus soupçonnés d’avoir pénétré dans la maison d’Akram Ojjeh Jr — plus connu sous le pseudo Akram Junior — à Rueil-Malmaison. Ce passionné de voitures de luxe, suivi par des millions de fans sur Instagram et YouTube, avait été violemment agressé à son domicile, avec sa femme, ses enfants et sa mère.
Ligoté, menacé, privé de liberté pendant de longues minutes, l’influenceur multimillionnaire avait ensuite livré un récit glaçant aux enquêteurs, décrivant des hommes déterminés, cherchant à lui soutirer argent et bijoux.
Trois suspects, parmi lesquels Boubakary T., sont donc renvoyés devant les assises pour « vol avec arme en bande organisée » et « séquestration ».
Une vidéo qui change tout
Mais ce mercredi 3 septembre, au troisième jour d’audience, tout a basculé. Une amie de Boubakary T. s’est présentée à la barre, affirmant détenir une preuve de son innocence. Dans ses mains, une vidéo Snapchat datée du 7 août 2021 à 7h39, montrant l’accusé à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Selon la jeune femme, il serait resté avec elle jusqu’à près de 9 heures.
Problème : le home-jacking d’Akram Junior s’est déroulé dans la même tranche horaire, à plusieurs kilomètres de là. « S’il était bien à Aubervilliers à cette heure-là, il n’a pas pu être en même temps à Rueil-Malmaison », plaide l’avocat de la défense, Me Joffrey Meyer.
Face à ce nouvel élément, la présidente de la cour n’a pas eu d’autre choix que de suspendre les débats et d’ordonner un supplément d’information. Le procès est donc officiellement renvoyé à une date ultérieure.
Une témoin fantôme enfin présente
Cette apparition a pris tout le monde de court. Car la jeune femme avait déjà été convoquée lors de l’instruction… mais n’avait jamais répondu aux convocations. « Sa présence relevait presque de l’improbable », confie une source proche du dossier. Qu’elle se présente, vidéo à l’appui, directement aux assises, a donc eu l’effet d’une bombe judiciaire.
Reste maintenant à vérifier l’authenticité de l’enregistrement : localisation, métadonnées, concordance horaire… Les enquêteurs devront s’assurer que la vidéo n’a pas été modifiée et qu’elle correspond bien au jour des faits.
Réactions contrastées
Pour Me Meyer, cette pièce peut tout changer : « Mon client clame son innocence depuis le début. L’analyse de cette vidéo est déterminante pour démontrer qu’il n’était pas sur les lieux. »
Côté partie civile, l’avocate d’Akram Junior, Me Marine Février, se montre mesurée mais pragmatique : « Autant que cette vidéo soit exploitée pour qu’il n’y ait plus aucun doute. Si elle innocente un des accusés, il faudra en tirer toutes les conséquences. »
Quant à l’influenceur lui-même, il a réagi avec philosophie après avoir témoigné la veille à la barre : « Je m’étais préparé à tout recommencer, de toute façon ils auraient fait appel. Eh bien, on va recommencer directement. C’est un peu décevant, j’aurais préféré en finir cette semaine, mais ce n’est pas grave. Tant mieux si toutes les pistes sont explorées. »
Un dossier loin d’être clos
Ce rebondissement retarde encore la conclusion d’une affaire déjà complexe. Car si la vidéo venait effectivement à disculper Boubakary T., il resterait deux accusés principaux face aux charges lourdes de violences et séquestration.
Pour Akram Junior et sa famille, c’est un nouveau coup dur dans un parcours judiciaire éprouvant. Le Youtubeur, dont la fortune et la notoriété en font une cible, avait déjà raconté à ses abonnés combien cette nuit de terreur l’avait marqué à vie.
Désormais, l’affaire devra être rejugée avec ce nouvel élément, et le calendrier judiciaire s’en trouve chamboulé. La cour d’assises devra fixer une nouvelle date, possiblement dans plusieurs mois.
En attendant, des zones d’ombre persistent
Les enquêteurs vont devoir répondre à plusieurs questions. La vidéo est-elle authentique et fiable ? L’accusé pouvait-il matériellement se rendre de Seine-Saint-Denis à Rueil-Malmaison en un temps si court ? Si l’un des accusés est innocenté, le rôle des deux autres sera-t-il requalifié ?
Autant d’interrogations qui maintiennent la tension dans ce procès hors normes, où la notoriété d’Akram Junior attire l’attention médiatique autant que la gravité des faits.





