À 35 ans, Paul Gasnier, journaliste phare de l’émission Quotidien animée par Yann Barthès, se retrouve propulsé dans l’arène littéraire. Son premier livre, La Collision (Gallimard), a intégré la prestigieuse première liste du prix Goncourt 2025. Un récit bouleversant où le reporter, habitué à couvrir les drames du monde, choisit cette fois de livrer le sien. La mort de sa mère, tuée en 2012 lors d’un accident provoqué par un rodéo urbain à Lyon. Portrait d’un journaliste discret, devenu écrivain malgré lui.
Un visage familier du petit écran
Depuis janvier 2020, Paul Gasnier est l’un des piliers de l’équipe de reporters de Quotidien sur TMC. Comme ses prédécesseurs Martin Weill, Hugo Clément ou Paul Larrouturou, il a sillonné la France et le monde pour couvrir l’actualité politique, sociale et internationale. On l’a vu suivre les déplacements présidentiels. Mais aussi interroger des ministres au détour d’un couloir, ou encore rapporter des images saisissantes du conflit au Proche-Orient.
Avant d’intégrer Quotidien, le journaliste était déjà lié à Bangumi, la société de production de Yann Barthès et Laurent Bon. Diplômé de Sciences Po Paris et passé par la prestigieuse agence Capa, il s’est fait la main sur des émissions de référence comme Le Supplément (Canal+), Envoyé spécial, Complément d’enquête ou 66 Minutes. Polyglotte — il parle français, anglais, hindi et italien — il a également signé des articles dans Libération, Slate, Society, Haaretz ou encore L’Orient-Le Jour.
En cinq ans, Gasnier est devenu le reporter le plus ancien de l’équipe. Mais derrière l’image d’un journaliste solide, capable de tenir le micro dans les situations les plus tendues, se cachait une histoire intime que même ses collègues ignoraient.
Le drame fondateur : la mort de sa mère
Le 6 juin 2012, à Lyon, Paul Gasnier a 22 ans quand sa vie bascule. Sa mère est mortellement percutée par un scooter conduit par un jeune homme, Saïd, qui pratiquait un rodéo urbain sur les pentes de la Croix-Rousse. Un accident absurde, brutal, qui laisse une famille dévastée.
Jusqu’à la sortie de son livre, ce drame restait un secret bien gardé. Gasnier, décrit par ses proches comme « extrêmement discret », n’en avait jamais parlé publiquement. Ni ses collègues de TMC, ni ses amis journalistes ne soupçonnaient l’existence de cette cicatrice. Avec La Collision, il décide de briser ce silence, de confronter ses souvenirs et d’ordonner ce chaos par l’écriture.
La Collision, un récit intime et universel
Publié chez Gallimard, La Collision n’est pas seulement le récit d’un accident tragique. C’est une plongée dans le travail de deuil, la manière dont une perte brutale fracture une existence et redessine un destin. Gasnier y reconstitue minutieusement la journée du drame, les heures d’après, les obsèques, et la longue traversée qui suit.
Le texte, à la fois pudique et sans concession, aborde plusieurs dimensions. La douleur personnelle de la perte d’une mère à 22 ans, au moment où la vie adulte s’ouvre.
La responsabilité collective, le rôle de l’insécurité routière, des rodéos urbains et des négligences qui mènent à de telles tragédies. La façon dont un drame intime peut être transformé en récit universel, qui résonne chez tous ceux qui ont connu une perte brutale.
Plus qu’un témoignage, La Collision est une œuvre littéraire à part entière, écrite dans une langue sobre, tendue, où chaque mot porte le poids de l’expérience.
De la caméra au stylo : une nouvelle voix littéraire
Si Paul Gasnier a choisi d’écrire, ce n’est pas par vocation d’écrivain affichée. Il s’agit plutôt d’une nécessité intime : mettre en mots l’indicible, affronter ce passé qu’il avait soigneusement enfoui. En cela, il rejoint une lignée d’auteurs-journalistes, capables de passer du reportage de terrain à l’introspection littéraire.
L’accueil critique a été immédiat, La Collision s’est imposé comme l’un des textes marquants de cette rentrée littéraire. Sa présence sur la première liste du Goncourt 2025, aux côtés de géants comme Emmanuel Carrère et Laurent Mauvignier, confirme que l’ouvrage dépasse largement le cadre du témoignage.
Un Goncourt possible ?
Être sélectionné dès son premier livre pour le prix littéraire le plus prestigieux de France est un exploit en soi. Paul Gasnier, habitué aux micros tendus et aux caméras braquées sur les figures politiques, se retrouve cette fois sous la lumière des académiciens.
Qu’il décroche ou non le prix, sa nomination consacre déjà une double réussite. Celle d’un journaliste qui, par l’écriture, a su transformer un drame intime en œuvre universelle.
Entre discrétion et reconnaissance
Paul Gasnier n’a jamais cherché la célébrité. Son travail, jusque-là, consistait à donner la parole aux autres, à raconter les événements du monde sans s’y mettre en avant. Avec La Collision, il inverse ce rapport. Il s’expose, mais pour offrir un récit qui dépasse son histoire personnelle.
Son parcours illustre la force de la littérature. Transformer une expérience individuelle en miroir collectif. À travers son récit, c’est tout un questionnement qui s’ouvre sur le deuil, la justice, la mémoire et la capacité à continuer malgré la douleur.
Ses chances pour le Goncourt 2025 ?
Paul Gasnier, visage familier de Quotidien, n’est plus seulement un reporter. Avec La Collision, il devient un écrivain, salué par la critique et reconnu par l’Académie Goncourt. En racontant la mort brutale de sa mère, il livre un texte à la fois intime et universel, qui interroge notre rapport à la perte et à la résilience.
Que le Goncourt lui échappe ou non, en passant de la caméra au stylo, Paul Gasnier a trouvé une nouvelle manière de raconter le monde et cette fois, c’est le sien.





