Tueurs de dames (1955) : fin expliquée de cette comédie noire culte des années 50

AM.wiss

Sorti en 1955, Tueurs de dames fait partie de ces films qu’on croit “vieux” avant de se prendre une claque. Derrière son humour très british se cache une mécanique de précision, grinçante, presque cruelle. Et surtout, une fin aussi absurde que brillante.

Réalisé par Alexander Mackendrick, ce classique des studios Ealing reste une référence en matière de comédie noire. Retour sur un film qui mélange cambriolage, thé à cinq heures… et cadavres qui s’accumulent.

Une fausse bande de musiciens et un vrai casse

À la base, le pitch est simple et génial. Un groupe de malfrats mené par le mystérieux Professeur Marcus loue une chambre chez une vieille dame excentrique, Madame Wilberforce. Leur couverture ? Un quintette à cordes. Leur vrai plan ? Organiser un braquage tranquillement depuis la maison.

Le film, intitulé à l’origine The Ladykillers, joue en permanence sur le contraste entre l’innocence de la propriétaire et la duplicité des criminels. La mise en scène est millimétrée, les dialogues sont ciselés, et l’humour est d’une finesse redoutable. On rit, mais toujours avec un petit arrière-goût de malaise.

Au casting, on retrouve notamment Alec Guinness, absolument méconnaissable sous ses fausses dents et son sourire carnassier, ainsi que Peter Sellers, déjà irrésistible dans un rôle secondaire.

Une mécanique qui déraille… littéralement

Le braquage réussit. Tout semble sous contrôle. Jusqu’au moment où Madame Wilberforce commence à comprendre que ses “musiciens” ne répètent pas vraiment du Mozart.

Les gangsters décident qu’il faut la supprimer. Mais aucun ne veut se salir les mains. Résultat, ils se retournent les uns contre les autres. Ce qui devait être un plan froidement exécuté devient une succession de règlements de comptes absurdes.

La fin est un festival de malchance et d’ironie. Un tombe d’un toit. Un autre se fait tirer dessus par erreur. L’un finit broyé par un train. Le chef lui-même meurt dans un accident grotesque lié à un signal ferroviaire. C’est brutal, mais traité avec un humour noir presque cartoonesque.

Et le plus savoureux ? Madame Wilberforce survit à tout ça.

Une fin culte et ironique

Dans la dernière séquence, la vieille dame se rend au commissariat pour raconter toute l’histoire. Personne ne la croit. Les policiers la prennent pour une originale un peu dérangée.

Elle repart donc chez elle… avec l’argent du casse. Cette conclusion est brillante. Les criminels s’auto-détruisent à force de méfiance et d’avidité, tandis que la seule personne sincère et naïve s’en sort indemne. Une morale à peine déguisée, servie avec un humour typiquement britannique.

C’est ce mélange d’élégance, de cruauté douce et de satire sociale qui a permis au film de traverser les décennies. À tel point qu’un remake verra le jour en 2004 sous le même titre, réalisé par Joel Coen et Ethan Coen, avec Tom Hanks dans le rôle principal.

Tueurs de dames reste un classique du cinéma britannique

Plus qu’une simple comédie, Tueurs de dames est une leçon de mise en scène. Les décors étroits, la maison biscornue, les escaliers vertigineux, le pont ferroviaire omniprésent… tout participe à cette sensation d’étau qui se resserre.

Le film est régulièrement cité parmi les meilleures comédies britanniques du XXe siècle. Son écriture, son rythme et son ton unique continuent d’influencer le cinéma contemporain.

Au final, Tueurs de dames n’est pas juste un film ancien qu’on regarde par curiosité. C’est une pépite d’humour noir, une satire fine et une démonstration que parfois, les plans les plus intelligents s’effondrent tout seuls. Et ça, c’est toujours délicieux à regarder.