Le cinéaste mexicain rêvait d’adapter « Frankenstein » depuis l’adolescence. Avec ce film disponible sur Netflix, Guillermo del Toro livre bien plus qu’un récit gothique. Il raconte, à travers la créature rejetée, l’enfant qu’il a été, différent dans une famille stricte, cherchant un regard qui ne condamne pas.
Guillermo del Toro n’a jamais fait mystère de son amour pour les monstres. Il en parle comme d’anciens compagnons, des silhouettes qui l’ont aidé à traverser l’enfance. Avec Frankenstein, mis en ligne sur Netflix ce 6 novembre, le réalisateur mexicain ne se contente pas d’adapter le célèbre roman de Mary Shelley. Il règle une vieille histoire personnelle, un lien intime avec la solitude, le rejet et la quête d’amour.
Un film qu’il porte depuis l’adolescence
Dans plusieurs interviews, Del Toro raconte avoir découvert Frankenstein très jeune. Dans sa maison au Mexique, imprégnée de religion catholique stricte, les monstres étaient vus comme des symboles du mal. Lui y voyait au contraire de la tendresse, une humanité blessée. À l’âge où d’autres rêvaient de super-héros, lui dessinait des créatures au crayon, tentant de comprendre ce qui les rendait monstrueuses aux yeux des autres.
Il répète souvent une phrase, presque comme un aveu: « Les monstres ont été mes premiers amis. » Ce film est né là.
La créature, miroir de l’enfant rejeté
Dans son adaptation, la créature n’est pas un monstre au sens traditionnel. Elle n’est ni brutale ni stupide. Elle apprend, ressent, souffre. Elle ressemble à un enfant qui cherche qu’on lui accorde une place dans le monde. Jacob Elordi, impressionnant de justesse sous les couches de maquillage et de prothèses, lui donne une tendresse inattendue.
Le scientifique Victor Frankenstein, incarné par Oscar Isaac, crée la vie puis la rejette. Cette rupture est le cœur du film. Elle parle de responsabilité, de parentalité, de la violence de ne pas accueillir ce qu’on a soi-même façonné.
Del Toro filme cette douleur avec une grande pudeur. On comprend vite que la créature, c’est aussi lui. Un enfant qui a grandi en se sentant « à part », ne rentrant pas dans la norme familiale, culturelle, sociale.
Une œuvre qui prolonge tout son cinéma
Depuis L’Échine du Diable jusqu’à La Forme de l’eau, Del Toro raconte la même idée. Les monstres ne sont pas les plus dangereux. Ceux qui blessent, ce sont les humains qui se croient “normaux”. Frankenstein apparaît comme l’aboutissement naturel de ce parcours artistique. Une synthèse, presque une confession.
Esthétiquement, le film se déploie dans des décors glacés, une lumière dorée et des ambiances brumeuses. Le romantisme noir y rencontre la sensibilité d’un conte tragique. Les fans du réalisateur y reconnaîtront sa signature, mais poussée plus loin, plus frontalement vers l’intime.
Un film profondément contemporain
Si l’histoire date du XIXe siècle, le message résonne fort aujourd’hui. On parle d’identité, d’acceptation, du besoin d’être vu sans masque. À l’heure où l’on se met en scène sur les réseaux, où l’on juge vite et dur, Frankenstein rappelle une chose simple
Être regardé avec douceur peut sauver une vie. Une idée, finalement, très moderne et peut-être, très personnelle.





