Simon Leviev, l’arnaqueur de Tinder, arrêté de nouveau pour ses crimes

la Rédaction

Il pensait sans doute pouvoir continuer à surfer sur sa notoriété douteuse, transformée en pseudo-célébrité après la sortie du documentaire Netflix qui lui a collé l’étiquette d’« arnaqueur de Tinder ». Mais ce lundi 15 septembre, le scénario a pris un tournant plus sombre. Simon Leviev, de son vrai nom Shimon Yehuda Hayut, 34 ans, a été interpellé à l’aéroport de Batoumi, en Géorgie. Les autorités locales confirment qu’il a été arrêté sur la base d’une alerte rouge d’Interpol. Pour l’instant, impossible de savoir exactement ce qu’on lui reproche cette fois.

Une arrestation aux allures de déjà-vu

Leviev n’en est pas à son premier contact avec la justice. En 2019 déjà, il avait été arrêté en Grèce et incarcéré quelques mois. Son casier judiciaire est aussi rempli qu’un roman de gare, avec des condamnations en Finlande pour fraude, et en Israël pour usage de faux documents. Pourtant, après chaque chute, il semblait trouver un moyen de rebondir, voire de retourner l’attention médiatique à son avantage. On se souvient de ses interviews données à CNN ou ses sorties tapageuses sur Instagram où il posait, sourire en coin, devant des voitures de luxe.

Mais cette fois, le décor est différent. L’arrestation en Géorgie a été confirmée par Tato Koutchava, porte-parole du ministère de l’Intérieur. Il a expliqué que l’interpellation s’était faite « à la demande d’Interpol », ce qui laisse entendre que l’affaire dépasse les frontières locales. Or, aucune précision n’a filtré sur la nature des accusations.

Retour sur un mode opératoire glaçant

Entre 2017 et 2019, Simon Leviev s’est fait passer pour un héritier richissime sur Tinder. Son discours était bien rodé. Des promesses d’amour, des voyages en jet privé, des gardes du corps pour ajouter un parfum de danger et de prestige. Une fois la confiance installée, il demandait de l’argent à ses compagnes, prétextant des menaces, des besoins urgents, ou des transactions en attente. Résultat, des victimes ruinées, endettées, humiliées.

Les montants estimés donnent le vertige. On parle d’environ 10 millions de dollars extorqués à des femmes en Norvège, en Finlande, en Suède. Certaines se battent encore pour rembourser les crédits contractés sous son influence.

Le documentaire Netflix, sorti en 2022, a mis un coup de projecteur mondial sur ses agissements. Succès planétaire, il a propulsé le nom de Leviev dans l’imaginaire collectif, mélange de fascination morbide et de dégoût. L’homme lui-même n’a cessé de répéter qu’il n’était pas « l’arnaqueur » décrit à l’écran, qu’il se contentait de « rencontrer des filles » en ligne. Un discours qui, disons-le, a laissé sceptiques à peu près tout le monde.

Une notoriété malsaine

Après sa libération en Israël, il a tenté de surfer sur sa célébrité. Il a ouvert un compte Instagram, accumulé plus de 250 000 abonnés. Il a même promis un livre pour donner « sa version des faits ». Bref, une récupération presque cynique, comme si l’arnaque devenait une marque.

Mais cette stratégie s’est retournée contre lui. Ses victimes ont dénoncé ce qu’elles considéraient comme une glorification de ses crimes. Certaines ont pris la parole publiquement, comme dans le documentaire « La revanche des cœurs piégés », sorti en septembre dernier, où l’une d’elles aide d’autres femmes à se reconstruire.

Quelles nouvelles accusations ?

C’est la grande question. Pourquoi Interpol a-t-il lancé ce mandat d’arrêt international ? S’agit-il de nouvelles escroqueries commises après sa libération ? D’affaires anciennes jamais jugées ? Ou encore de délits annexes comme l’usage de faux papiers ou le blanchiment d’argent ? Pour l’instant, silence radio.

Les autorités géorgiennes ne disent rien, et ses avocats n’ont pas encore communiqué. Tout laisse penser qu’une procédure d’extradition pourrait s’ouvrir, mais vers quel pays ? Mystère. Certains avancent que ce pourrait être lié à des plaintes déposées en Europe du Nord, d’autres évoquent de possibles affaires dans le Golfe, où il aurait séjourné. Rien de confirmé.

Un symbole des arnaques modernes

Au-delà de son cas personnel, Simon Leviev incarne un phénomène plus large. L’arnaque sentimentale en ligne est devenue un fléau. Les méthodes varient, mais le ressort psychologique est souvent le même. Manipuler les émotions, susciter la confiance, puis appuyer là où ça fait mal, l’amour, la peur, la culpabilité.

Son arrestation résonne donc comme un avertissement. Non seulement parce que l’homme est devenu un symbole, mais aussi parce qu’elle rappelle que ces crimes numériques ne disparaissent pas après un documentaire à succès. Ils continuent, ailleurs, sous d’autres formes, avec d’autres visages.

Une affaire à suivre de près

Pour l’heure, Simon Leviev est derrière les barreaux géorgiens. On attend de savoir si une extradition sera demandée, si un procès s’ouvrira, et surtout quelles charges concrètes pèsent contre lui. Ce flou n’empêche pas l’emballement médiatique, au contraire. Son nom refait surface dans l’actualité, toujours entouré de cette aura étrange, mélange de scandale, de glamour détourné et de drame humain.

Car au bout de l’histoire, il y a surtout des victimes. Des femmes qui, des années après, paient encore les conséquences d’une rencontre virtuelle transformée en cauchemar financier. Celles-là n’ont pas de jets privés ni de contrats de livres, elles ont juste un quotidien alourdi de dettes. 

Et peut-être, aujourd’hui, un petit sentiment de justice en voyant leur bourreau de nouveau menotté.