C’est une affaire qui mélange sport, cybersécurité et diplomatie. Daniil Kasatkin, joueur professionnel de basket âgé de 26 ans, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un bras de fer judiciaire entre Paris et Washington.
Arrêté le 21 juin à l’aéroport de Roissy alors qu’il voyageait avec sa fiancée, il est depuis incarcéré sous écrou extraditionnel. Les États-Unis l’accusent d’avoir participé à un vaste réseau de hackers, mais son avocat, Me Frédéric Bélot, réclame désormais sa libération immédiate, invoquant des irrégularités de procédure.
Un délai légal dépassé
Selon la défense, le traité bilatéral d’extradition entre la France et les États-Unis impose que la demande complète d’extradition soit transmise dans les 60 jours suivant l’arrestation provisoire. Or, ce délai serait aujourd’hui dépassé.
« Le texte est clair, si le dossier n’est pas complet, il doit y avoir remise en liberté », a plaidé Me Bélot devant la chambre de l’instruction. Même l’avocat général aurait reconnu, dans son réquisitoire, que des éléments manquent encore, notamment des traductions. Le tribunal doit se prononcer le 8 octobre.
Des accusations lourdes venues de Washington
La justice américaine soupçonne Kasatkin d’avoir joué un rôle actif dans un groupe de pirates informatiques accusés d’avoir attaqué, via un rançongiciel, plus de 900 entreprises, associations et institutions publiques entre 2020 et 2022. Selon l’acte d’accusation, le basketteur aurait négocié le paiement des rançons exigées aux victimes.
Les charges sont sévères, « complot en vue de commettre une fraude électronique » et « complot en vue de commettre une fraude informatique », qui pourraient lui valoir jusqu’à 25 ans de prison aux États-Unis.
Un sportif sous surveillance diplomatique
Kasatkin, qui a porté les couleurs du club MBA-MAI de Moscou, rejette toutes les accusations. Sa défense insiste sur son absence de compétences en informatique, rappelant qu’il n’aurait utilisé aux États-Unis qu’un simple ordinateur acheté d’occasion. L’affaire est suivie de près par Moscou.
Le consul de Russie en France, Alexey Popov, était présent à l’audience, dénonçant des accusations « absurdes » contre un sportif et plaidant pour une libération sous contrôle judiciaire. Selon lui, Kasatkin pourrait être hébergé dans un appartement à Boulogne-Billancourt appartenant au gouvernement russe, si la justice acceptait sa demande.
Un dossier sensible
Au-delà de la situation personnelle du joueur, ce dossier a toutes les caractéristiques d’une affaire diplomatique délicate. D’un côté, les États-Unis qui réclament son extradition avec un dossier encore incomplet. De l’autre, la Russie qui multiplie les signaux de soutien et entend éviter qu’un de ses ressortissants ne soit jugé à Washington dans un contexte géopolitique tendu. La décision du 8 octobre, sur une éventuelle remise en liberté, sera donc scrutée de près, aussi bien dans les prétoires français que dans les chancelleries étrangères.





