Figure discrète mais profondément marquante du cinéma mondial, l’acteur iranien Homayoun Ershadi est décédé mardi à l’âge de 78 ans, selon l’agence officielle IRNA. Révélé tardivement par « Le Goût de la cerise » d’Abbas Kiarostami, Palme d’or à Cannes en 1997, il laisse derrière lui une filmographie rare, à la fois iranienne et internationale, et une présence à l’écran qui a marqué plusieurs générations de cinéphiles.
Architecte de formation, comédien par destin, Ershadi aura incarné cette élégance silencieuse que Kiarostami aimait capter, cette façon de dire beaucoup sans avoir besoin de parler.
Le film qui a changé sa vie
En 1997, Abbas Kiarostami cherche un acteur non professionnel pour porter « Le Goût de la cerise ». L’histoire est simple, presque dépouillée. Un homme solitaire circule dans les collines autour de Téhéran pour trouver quelqu’un prêt à recouvrir son corps de terre, le lendemain, après son suicide.
Ce visage, cette dignité un peu las, cette manière de regarder la route comme on regarde sa propre vie. Voilà ce qui a convaincu Kiarostami. Homayoun Ershadi n’avait jamais tourné. Il travaillait dans l’architecture, loin des plateaux. Il a accepté sans imaginer que le film décrocherait la Palme d’or à Cannes et entrerait dans l’histoire.
Le public l’a découvert comme on découvre quelqu’un que l’on semblait déjà connaître, une présence douce, profonde, indissociable du silence des paysages que Kiarostami filmait.
Une carrière internationale discrète mais marquante
Après ce coup d’éclat inattendu, Ershadi a poursuivi une trajectoire singulière. Pas de course à la célébrité, ni d’excès médiatiques. Simplement des rôles choisis, dans le cinéma iranien et parfois à Hollywood.
On l’a vu dans « Les Cerfs-volants de Kaboul » (2007), dans « Un homme très recherché » (2014) ou encore dans « Zero Dark Thirty » (2012) de Kathryn Bigelow. Des apparitions souvent brèves, toujours marquantes. Cette façon de tenir un silence, de laisser ses yeux parler, n’a jamais quitté son jeu.
Hommages et émotion en Iran
L’annonce de son décès a rapidement suscité réactions et hommages. La Maison du cinéma iranienne a salué « une figure noble et réfléchie du cinéma national ».
La porte-parole du gouvernement a évoqué « une perte triste pour la culture et la mémoire du pays ».
Sur les réseaux sociaux iraniens, cinéphiles et artistes partagent des images de son visage dans la voiture, cette scène interminable, suspendue, où l’on sent toute la fatigue du monde. Beaucoup écrivent la même chose. « Son regard restera ».
Une présence qui dépasse l’écran
Homayoun Ershadi n’était pas un homme de grands discours. Peu d’interviews, peu de déclarations publiques. Sa notoriété n’a jamais effacé la pudeur d’un homme qui avait d’abord vécu une autre vie, loin du cinéma. C’est peut-être ce qui explique l’émotion particulière qui accompagne sa disparition.





