C’est l’un des piliers du patrimoine français, une pépite de drôlerie portée par un quintet de légende. Mais au-delà de la célèbre « démarche d’Aldo », le final de « L’aventure, c’est l’aventure » cache une satire féroce qui n’a rien perdu de son mordant.
Une bande de voyous en pleine crise existentielle
En 1972, Claude Lelouch signe bien plus qu’une simple comédie : il filme la fin d’une époque. On y retrouve Lino (Ventura), Jacques (Brel), Simon (Denner), Charlot (Gérard) et Aldo (Maccione). Ces cinq truands « à l’ancienne » réalisent une chose terrifiante : le braquage de banque est devenu ringard. Pour continuer à briller (et à s’enrichir), ils décident de se recycler dans le secteur le plus lucratif du moment, la politique.
Le génie de Lelouch est de transformer ces brutes au grand cœur en mercenaires de l’idéologie. Qu’ils enlèvent Johnny Hallyday ou qu’ils se fassent passer pour des révolutionnaires en Amérique du Sud, leur boussole n’est jamais morale, elle est purement comptable. Et c’est précisément ce cynisme décontracté qui mène à une conclusion restée dans toutes les mémoires.
Un final entre évasion politique et business spirituel
La fin du film est un modèle de pirouette scénaristique. Après avoir été arrêtés et trimballés d’un continent à l’autre, nos cinq « héros » se retrouvent face à une justice française totalement dépassée. C’est là que le film bascule dans le pur génie satirique. Plutôt que de finir derrière les barreaux, ils sont libérés en catimini. Le gouvernement ne sait plus quoi faire de ces symboles devenus trop encombrants médiatiquement.
Expédiés en Afrique, ils ne perdent pas le nord. Alors que n’importe qui chercherait à se faire oublier, la bande de Ventura et Brel comprend quelque chose de crucial. Le prochain filon n’est ni politique, ni révolutionnaire, mais spirituel.
L’enlèvement du Pape : Le coup de grâce de Lelouch
L’article de foi de ces cinq compères tient en une phrase : tout s’achète, surtout ce qui est sacré. Le film se clôt sur l’idée de l’enlèvement du Pape. L’astuce ? Demander une rançon de un dollar à chaque catholique dans le monde. C’est le triomphe du marketing appliqué au crime.
Pourquoi cette fin est-elle si moderne ? Parce qu’elle anticipe l’ère du spectacle et de la « monétisation » à outrance. En 1972, Lelouch nous disait déjà que la frontière entre les truands, les politiciens et les leaders d’opinion était devenue poreuse, voire inexistante. La scène finale, où l’on sent que rien ne peut arrêter leur soif de profit, est à la fois hilarante et délicieusement amorale.
Pourquoi faut-il le (re)voir sur nos écrans ?
Aujourd’hui, alors que les réseaux sociaux transforment chaque événement en « buzz » lucratif, L’aventure, c’est l’aventure résonne plus que jamais. La complicité entre Lino Ventura et Jacques Brel est électrique, et l’on ne se lassera jamais de voir Aldo Maccione inventer la démarche la plus mythique du cinéma français sous le soleil des tropiques.
C’est un film qui ne donne pas de leçon, mais qui nous montre, avec un rire gras et une mise en scène solaire, que le monde appartient peut-être vraiment aux audacieux qui n’ont aucun scrupule. Un classique indémodable qui prouve que, définitivement, l’aventure… c’est l’aventure.
Et vous, quelle est votre scène favorite de cette bande de génies ?
