Condamné pour l’affaire des « viols de Mazan », Dominique Pelicot tente aujourd’hui un geste qui scandalise autant qu’il interroge : faire publier un livre où il raconte sa propre version. Une initiative qui déclenche malaise, indignation et un énorme NON collectif du côté des maisons d’édition. Et franchement, on comprend pourquoi.
Une démarche qui choque, et un timing plus que discutable
Dominique Pelicot, condamné à vingt ans de prison, veut aujourd’hui sortir un ouvrage qui retrace son parcours et sa vision des faits. Oui, sa vision. Une démarche qui tombe comme un pavé dans une flaque, tant l’affaire a marqué les esprits.
Son avocate explique qu’il a écrit en détention, beaucoup, presque compulsivement. Des romans, des poèmes, et surtout une autobiographie où il déroule ce qu’il appelle “sa version de l’histoire”. De quoi faire bondir une bonne partie de l’opinion.
Parce que publier un récit personnel quand on a été reconnu coupable de violences graves… c’est un terrain miné. Et les éditeurs, eux, ne veulent visiblement pas s’y aventurer, d’où cette « frilosité » assumée.
Un journaliste chargé de trouver un éditeur, mais le marché reste fermé
Les manuscrits ont été confiés au journaliste Denis Demonpion, chargé de démarcher les maisons d’édition. Un travail qui, pour l’instant, ressemble plus à un marathon dans la boue qu’à une vraie prospection. Personne ne veut s’y associer.
Et on comprend vite pourquoi : quel éditeur a envie de devenir “la maison qui publie la version du condamné” dans une affaire aussi lourde ? La polémique serait instantanée, et l’image de marque exploserait au premier tweet.
Dans un secteur où la réputation est un capital sacré, la réponse ressemble à un long silence gêné.
Face à lui, Gisèle Pelicot publiera un livre très attendu
Pendant que le condamné tente d’imposer sa version, son ex-épouse Gisèle — dont le témoignage a été central dans l’affaire — prépare un livre bien à elle. Un vrai récit de reconstruction, annoncé pour 2026, qui sera publié par une grande maison d’édition.
La différence est évidente, presque criante. D’un côté, un ouvrage qui risque de raviver une blessure nationale. De l’autre, la parole d’une femme qui reprend le contrôle de son histoire. Deux dynamiques diamétralement opposées.
Un débat éthique qui dépasse le monde éditorial
Cette affaire soulève une question profonde : où place-t-on la limite entre liberté d’expression et décence ? Peut-on offrir une tribune à quelqu’un condamné pour des faits aussi graves ? À quel moment la publication devient-elle une forme d’exposition dont les victimes n’ont pas à supporter les retombées ?
Les éditeurs, conscients du poids de leur décision, semblent avoir tranché pour l’instant en tenant la ligne la plus prudente : ne rien cautionner. Parce qu’un livre, ce n’est jamais juste un livre, c’est un espace, une mise en lumière, une validation symbolique.





