« COUCH by Léna Situations » : un sofa rose, un mode d’influence à énonciation nouvelle

D.manel

Il existe des sofas qui s’exposent, et des sofas qui logent des discussions culturelles. Avec COUCH by Léna Situations, la créatrice Léna Mahfouf transforme son espace fétiche en un dispositif médiatique, un talk d’un ton à la fois intime et pop, circulant entre podcast audio, vidéo, streaming. Née sous le nom en 2022 de « Canapé Six Places », l’émission refait surface en 2025, transfigurée par une version vidéo sur Disney+ et une chaîne YouTube ad hoc. Elle reçoit des invité·es qui envahissent stades, scènes, écrans (Rihanna, Tim Burton et Jenna Ortega, Demi Lovato, Orelsan, Rosalía, DJ Snake, Magic System, Zoë Saldaña…). Le tout orchestré par une hôtesse qui a comme maitre mot « parler à un moment, tout en nuançant encore ».Du « Canapé Six Places » au COUCH : l’itinéraire d’un format

a) Origines : un podcast, une « safe place » (2022)
En octobre 2022, Léna Mahfouf lance « Canapé Six Places », un podcast hebdomadaire qui revendique un ton direct, dédramatisé et un dispositif « audio + vidéo » sciemment pensé pour les plateformes. Hébergée chez Spotify au départ, l’émission tient une promesse simple : donner du temps long à des artistes et des sujets de société, dans une atmosphère moins codifiée qu’un plateau TV.
« Prendre le temps, s’attarder sur les petites choses, rebondir sur une anecdote… » annonce la page de présentation officielle du podcast — manifeste d’une écoute lente à l’heure des « reels ».

b) 2025 : le tournant vidéo sur Disney+, un acte industriel

Arrivé en vidéo sur Disney+ en France et en territoires francophones le 22 octobre 2025, COUCH de Léna Situations marque davantage qu’une plateforme : il y a toute l’ambition du média et du format avec une promesse de toucher plus largement un public qui écoute autant qu’il regarde. Sa page programme énonce bien l’ambition : « un espace d’authenticité » et des échanges « réels, drôles. et inspirants ». Sur les réseaux, Léna entend présenter cette évolution « comme une première : un podcast sur une plateforme de streaming » ; ce qu’on comprendra, dans les mieux placés, comme une première française au moins.

c) Un écosystème à plusieurs vitesses : YouTube, Apple, Deezer
COUCH est bien au-delà d’un rendez-vous de plateforme : la chaîne publique des images et des extraits YouTube côtoie les épisodes audio de Apple Podcasts, Deezer, Radio.fr et autres.Cette circulation synchro est stratégique : elle fait passer la proposition de portée limitée, traditionnelle, à une portée élargie, en permettant les entrées multiples (extrait court, épisode intégral, écoute nomade), et aide à marquer la marque éditoriale.

Le format : un canapé, des mondes
a) Un décor pop et une caméra discrète

Son décor pop habituel, sur le rose du canapé devenu signature, lui reste fidèle, – et ce en privilégiant la proximité par des plans serrés, de la lumière douce, un rythme de récit. La chaîne YouTube donne le calibre, avec son épisode d’ouverture, puis les entretiens au long cours avec Rihanna, Tim Burton & Jenna Ortega, Demi Lovato, Orelsan ou Théodora, et un rythme en phase avec l’écoute, sans esbroufe, des silences consentis, un sourire pour relancer.

b) Des invité·es entre scène et écran
La force de COUCH est son casting, des artistes (musique, avec Rihanna, Rosalia, DJ Snake, Magic System), (cinéma/séries, avec Tim Burton, Jenna Ortega, Zoë Saldaña) (Chanson française, Orelsan, Adèle Castillon), actrices (Philippine Leroy‑Beaulieu)… Une géographie des industries créatives, entre têtes de l’affiche(s) internationales et figures francophones.c) La méthode Léna : déstabilisante et précise
Léna n’est pas une journaliste « à la façon d’autrefois ». Elle est hôtesse : elle met en confiance, assume son regard subjectif, renvoie échos d’expérience (exposition, fatigue, pressions), accepte d’être surprise. « Mon canapé, c’est une safe place », dit l’esprit de son projet ; le cadre rassure, et les invité·es s’y laissent souvent aller à énoncer le doute et la vulnérabilité, nerfs de la conversation contemporaine.

Portrait contextuel : qui est Léna Mahfouf ?

a) Des vlogs au livre best-seller

Née en 1997, Léna Mahfouf s’affiche d’abord sur YouTube et Instagram avant d’éditer, en 2020, un livre de développement personnel, Toujours plus (+ = +), succès de librairie qui regroupe ses mots d’ordre : énergie, bienveillance, exigence.Le portrait s’affine : une créatrice à multiples casquettes qui a appris à rendre compte de la vie ordinaire — et à se professionnaliser sans renier son ton

Invitée au Met Gala (2022), étoile des front rows et de Vogue France (série Vlogue), Léna a fait glisser sa sphère d’influence vers une diplomatie de ce qui fait pop. Sa participation à des événements s’étendant à Cannes ou aux Césars ou aux Oscars — parfois controversée — éclaire cette translation : elle devient intermédiaire entre jeunesses numériques, marques et institutions de la culture.

c) Une légitimité disputée… et enfin assumée

Sa présence comme présentatrice sur le tapis rouge des Oscars aux côtés de Disney+ a suscité débat — un des traits de l’époque de l’audience capitalisée pollinisant le sérieux journalistique. Mahfouf l’a abordée frontalement, relatant les pressions et les réunions de crise à l’annonce. COUCH s’accapare la braise dont il fait, loin de l’étouffer, une ressource narrative (apprendre, corriger, assumer sa place)
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Épisodes emblématiques : comment sont construites les conversations

a) Rihanna : souveraineté créative, leadership féminin

L’épisode Rihanna x Léna tient lieu de capsule de puissance : narration d’une trajectoire entrepreneuriale, articulation entre intuition, impérieux et pouvoir des femmes. En audio et vidéo, la rencontre exemplifie la ligne éditoriale de COUCH : désacraliser avec respect.
« La vraie réussite, c’est faire coïncider l’ambition et la paix intérieure », commente (fictivement) Sofia N., sociologue des médias. « COUCH encode cette grammaire, populaire et exigeante. »

b) Tim Burton & Jenna Ortega : l’imaginaire à l’oeuvre
Reçus ensemble, Tim Burton et Jenna Ortega donnent à entendre la fabrique du récit : partitions de la créativité, angles morts, gestes minimes qui changent une scène… Un épisode qui, sans effets pédagogiques lourds, montre le travail qui précède l’icône — et qui parle à la fois aux étudiantes en cinéma et aux fans de Wednesday.

c) Demi Lovato : vulnérabilité et reprise de son histoire
En toute transparence – « Faire l’amour avec la lumière allumée » affiche le programme : reprendre la main sur les récits, nommer la santé mentale sans pathos, penser l’affirmation de soi comme un geste politique doux. Le parler vrai à propos de la scène et de ses enjeux se noue notamment à une question : comment chanter, après les tempêtes ?

d) Orelsan : lucidité, paternité, vérité d’artiste
Un des épisodes les plus scrutés : Orelsan articule anxiété et liberté créative, paternité et public – le rapport de la musique à la vie, et vice versa. Le ton sans posture offre une boîte à outils pour la création sous pression.

e) Rosalía : racines, scène, voix
Avec Rosalía, COUCH interroge l’équation tradition/hyper-modernité : racines espagnoles, contraintes scéniques, liberté d’arrangement. Un épisode qui rappelle la dimension chorégraphique du chant : la voix comme corps.f) DJ Snake, Magic System, Yamê, Adèle Castillon, Philippine Leroy‑Beaulieu, Zoë Saldaña : spectre large
De DJ Snake (les stades, le nomadisme, l’économie mondialisée) à Magic System (avant un concert au Rose Festival, l’anticipation fait la place à la conversation entre souvenirs populaires et philosophie de la scène), COUCH embrasse la diversité musique/cinéma/série. Avec Zoë Saldaña, l’émission discute identité et héritage ; Adèle Castillon et Philippine Leroy‑Beaulieu proposent d’autres volets de la présence — la voix, la féminité libre.
« La qualité de COUCH, c’est d’installer des cadences variées, note (fictivement) Mahdi Kerroumi, critique à La Revue des Médias.« Il est question tant de technique scénique que de vie intérieure. »

Citations – paroles et analyses

Léna Mahfouf (déclaration publique autour du lancement vidéo) : « Je voulais depuis le départ proposer une expérience vidéo, en plus de l’audio, pour toucher mon public dans toute sa pluralité. »
« La bonne interview, c’est celle où l’on oublie l’interview. » — Élise Montfort, rédactrice en chef (fictive) d’un magazine culturel, à propos de COUCH.
Orelsan sur COUCH : « Lucidité, angoisse et liberté créative » — une formule qui résume la tension de l’artiste d’aujourd’hui.

Bilan critique des épisodes déjà parus (sélection)

a) Musique, scène, performance

Rihanna : discussion sur le pouvoir des femmes et l’entrepreneuriat créatif – épisode court, pensé comme un hors d’œuvre d’inspiration.
Rosalía : voix, racines, liberté ; un échange sur la scène et la discipline.
DJ Snake : des années de galère sur les stades du monde – les coulisses d’une carrière planétaire.Système Magic : portrait d’un mythe populaire francophone enregistré en concert — mémoire collective et joie.
Yamê : identité et langues ; la voix comme passeport.

b) Cinéma et séries : imaginaire, artisanat, industrie
Tim Burton & Jenna Ortega : créativité, storytelling, imagination — quand l’iconographie gothique rencontre l’éclat doux du salon.
Zoë Saldaña : héritage afro‑latin, équilibre entre rôles intenses et douceur privée.

c) Scènes françaises, voix singulières

Orelsan : lucidité et paternité ; l’anxiété comme moteur de justesse.

Adèle Castillon : intimité, bien‑être, santé mentale ; travailler la voix en respectant le corps.
Philippine Leroy‑Beaulieu : liberté, désir, féminité ; tenir une présence à l’écran sans trahir.

Demi Lovato : résilience, amour de soi, contrôle du récit.Impact : audiences, usages, symboles

a) La marque-émission, agrégatrice de communautés

La cohabitation de YouTube, Disney+, Apple Podcasts, Deezer regroupent publics et usages : on découvre un épisode via un reel puis on binge le week-end en vidéo, on réécoute un extrait en mobilité. Le canapé joue le rôle de point d’ancrage — objet-concept que l’on « reconnait ».

b) Une réponse aux critiques par la qualité La qualité de présence — écoute, relance, précision — est la meilleure réponse aux procès en illégitimité. Les controverses (autour des Oscars notamment) ont au contraire renforcé le projet : elles ont poussé à la rehausse et à l’exigence de clarification de la vocation de COUCH.c) Un effet d’entraînement pour le champ de la création en français
Entendre Orelsan évoquer sa paternité, Magic System redonner corps à son histoire, Rosalía faire le tour de son atelier de scène : ces intentions outillent des artistes en devenir. Dans les écoles d’art, d’audiovisuel, de management culturel, COUCH peut faire corpus : étude de cas d’une mise en récit de métiers de la création.

Conclusion : un canapé pour notre présent médiatique
COUCH de Léna Situations, ce n’est pas que du rebranding. On a changé d’échelle et dit quelque chose de notre maintenant : une conversation longue est de retour sous des formes hybrides, à croiser audio, vidéo et streaming. Le rose de ce canapé-fétiche, emblème d’un dispositif pop, stigmatisant sans doute, est d’enjamber ensemble sincérité, accessibilité et exigence.
En rendant fréquentables des figures parfois inaccessibles (Rihanna, Tim Burton), en prenant au sérieux la musique populaire (Magic System, DJ Snake), en laissant la place aux ambiguïtés (anxiété, désir de contrôle, identité), COUCH grammaticalise la culture d’aujourd’hui. Pour un public cultivé mais pas spécialiste, c’est une porte d’entrée précieuse : on y entre dans une admiration et en sort avec des outils — pour écouter, pour regarder, pour faire.
Si l’on devait retenir une image : celle d’un hôte qui, assise mais en marche, est sur le site de son salon comme on est sur scène. La télévision traditionnelle n’y perd rien ; l’écosystème s’y renforce, s’affine. Et si l’influence avait bien trouvé une juste distance ? COUCH répond à sa façon : oui, si l’on garde le cœur et la bordure.