Cerfia racheté par Pierre-Édouard Stérin : un média jeune tombe entre les mains du milliardaire controversé

la Rédaction

Le compte d’actualité Cerfia, suivi par plus de 1,2 million de personnes sur X (anciennement Twitter), vient de changer de mains. 

Selon une enquête de Blast, il a été discrètement racheté par Pierre-Édouard Stérin, un homme d’affaires français aux convictions politiques très marquées à droite, voire à l’extrême droite.

Un média populaire… mais souvent critiqué

Lancé en septembre 2020 par une poignée d’étudiants, Cerfia s’est rapidement imposé dans le paysage numérique en surfant sur l’info chaude : actualités, faits divers, alertes, tendances. Un format qui plaît aux jeunes… mais qui a aussi ses limites. En 2023, 20 Minutes pointait déjà plusieurs publications de Cerfia comportant des informations non confirmées, voire carrément fausses.

Malgré cela, le compte a continué de croître, atteignant plus d’un million d’abonnés, jusqu’à ce rachat qui fait aujourd’hui polémique.

Qui est Pierre-Édouard Stérin ?

Pierre-Édouard Stérin est loin d’être un inconnu dans le monde des affaires. Il a fait fortune avec Smartbox, ces coffrets cadeaux qui ont inondé les rayons des supermarchés. Depuis, il s’est reconverti en investisseur, avec une cible très précise : les jeunes.

Il a déjà mis de l’argent dans Gossip Room, Neo ou encore Le Crayon, des médias suivis pour leur ton décalé, leurs formats courts et leur forte présence sur les réseaux sociaux.

Mais Stérin ne s’arrête pas là, son objectif serait avant tout politique.

Le projet « Périclès » : un plan d’influence sur 10 ans

Derrière ce rachat, c’est tout un projet d’influence politique qui se dessine. Selon plusieurs enquêtes, notamment celle de L’Humanité, Pierre-Édouard Stérin serait à l’origine du projet « Périclès. Acronyme un brin chargé : Patriotes enracinés résistants identitaires chrétiens libéraux européens souverainistes). Objectif ? Faire basculer la France à l’extrême droite lors des municipales de 2026 et de la présidentielle de 2027.

Il aurait prévu d’investir jusqu’à 150 millions d’euros dans des médias, dans le but assumé de diffuser ses idées conservatrices, catholiques, voire ultra-réactionnaires. Parmi ses prises de position : une opposition farouche à l’avortement, qu’il n’hésite pas à qualifier « d’infanticide ».

Des médias qui se désolidarisent

Face à la polémique, certains de ses partenaires prennent leurs distances. Wallerand, co-fondateur du média Le Crayon, a publié un message pour affirmer que Stérin ne détient qu’une “très faible part” du capital et qu’il ne partage pas ses ambitions politiques. Une manière de limiter les dégâts, alors que Cerfia aurait déjà perdu près de 50 000 abonnés depuis l’annonce du rachat, selon Vert le média.

Pierre-Édouard Stérin a été convoqué à trois reprises à l’Assemblée nationale dans le cadre de la commission d’enquête sur « l’organisation des élections en France ». Il a refusé de s’y présenter à chaque fois. Ce silence, ajouté à ses investissements massifs dans les médias jeunes, pose de plus en plus de questions. Surtout sur l’indépendance de l’information à l’ère des réseaux sociaux.