Un festival du film généré par intelligence artificielle, organisé par la ville de Nice. Les 11 et 12 avril 2025, le World AI Film Festival (WAiFF) s’installe dans le sud de la France, avec tapis rouge, panels de discussion, invités prestigieux et projections de films créés ou co-créés par des intelligences artificielles.
Et là, forcément, une question surgit : est-ce qu’on est en train de promouvoir une technologie… qui va justement remplacer les artistes ?
La IA qui éclipse de plus en plus le travail des artistes
Plus rapide, plus performante, moins coûteuse, à première vue la IA a tout pour plaire. Ces derniers mois, entre les logiciels comme DALL-E qui dessinent des tableaux en 15 secondes, Chat-GPT qui transforme une image en style Ghibli en trois clics, les IA musicales qui copient des styles (et des voix !), et maintenant des courts-métrages créés via des prompts, on sent bien que la frontière entre art et automatisation est en train de fondre.
Le WAiFF, selon ses organisateurs, vise à “explorer les nouvelles formes de création tout en respectant l’héritage artistique”. Mais soyons lucides : derrière le discours très innovation & créativité, il y a une réalité beaucoup moins sexy.
Celle d’un monde culturel où les temps de production sont raccourcis, les coûts drastiquement réduits… et les créateurs humains mis de plus en plus sur la touche.
Où est réellement le problème avec un festival comme celui-ci ?
Est-ce qu’on assiste à la naissance d’un nouveau genre artistique ou à l’euthanasie en douceur de l’art traditionnel ?
Ce qui dérange, ce n’est pas tant que l’IA soit utilisée comme outil, après tout, Photoshop et les VFX ne datent pas d’hier. Le souci, c’est le passage progressif vers une création sans humain. Pas de scénariste, pas de storyboarder, pas de musicien. Juste un prompt bien tourné et une machine qui mouline.
Alors évidemment, sur papier, c’est pas du tout ce que le festival promeut. Au contraire, on nous parle de l’association des artistes et des IA pour créer quelque chose d’innovant. Mais franchement, si les IA se développent aussi rapidement, à quoi serviront les artistes de demain ?
Normaliser une technologie néfaste pour la créativité humaine ?
Et pourtant, le festival attire. Claude Lelouch, Julie Gayet, des producteurs, des penseurs. Le WAiFF devient un lieu où on parle avenir, mais rarement conséquences. Où est la voix des artistes plasticiens, des cinéastes indépendants, des scénaristes qui galèrent déjà à vivre ? Ils ne sont pas dans l’innovation.
On est peut-être en train de normaliser l’idée qu’un film puisse se faire sans équipe, et sans erreur. Le cinéma, comme toute forme d’art, c’est aussi les imperfections, les hésitations, les prises de risque. Ce que l’IA, par essence, ne fait pas.
Quel est l’avenir du cinéma ?
Le WAiFF est sans doute le premier d’une longue série. Peut-être que dans 10 ans, on fera même plus plus la différence entre un film IA et un film d’auteur. Mais on devra se poser la question : qu’est-ce qu’on est en train d’applaudir, exactement ? Le progrès ou la disparition de l’essence même des arts visuels ?
