Voici ce que le président réserve aux jeunes Algériens hors du pays…

AM.wiss

C’est un signal politique fort envoyé ce week-end depuis Alger. Le président Abdelmadjid Tebboune appelle les jeunes Algériens vivant à l’étranger en situation de précarité et d’irrégularité à rentrer au pays, avec à la clé une régularisation exceptionnelle. Une annonce lourde de sens, sur fond de crise migratoire, de détresse sociale et de message adressé à toute une génération.

Un appel solennel adressé aux jeunes partis par la « harga »

Lors du Conseil des ministres de ce dimanche, Abdelmadjid Tebboune a officiellement lancé un appel aux jeunes Algériens ayant quitté le pays clandestinement ces dernières années. Ceux que l’on appelle communément les harraga, partis au péril de leur vie vers l’Europe ou ailleurs, souvent sans papiers, sans garanties et sans filet de sécurité.

Selon le communiqué relayé par l’Algérie Presse Service, ces ressortissants vivent aujourd’hui loin de leur patrie, de leurs familles et de leurs repères. Beaucoup se retrouvent dans des situations de grande précarité, contraints d’accepter des emplois pénibles, instables, parfois humiliants. Une réalité connue, mais rarement formulée aussi frontalement au plus haut sommet de l’État.

Une double irrégularité qui complique tout retour

Le cœur du problème est juridique. Depuis une loi adoptée en 2009, quitter illégalement l’Algérie est passible de sanctions pénales pouvant aller jusqu’à six mois de prison. Résultat, ces jeunes sont pris dans un étau. En situation irrégulière dans leur pays d’accueil, mais aussi vis-à-vis de leur pays d’origine.

Cette double illégalité a longtemps rendu tout retour quasi impossible. Peur des poursuites, peur du regard social, peur d’un échec officialisé. L’annonce présidentielle vient donc changer la donne, au moins sur le papier.

Une régularisation annoncée, mais strictement encadrée

Le Conseil des ministres a décidé de régulariser la situation de ces Algériennes et Algériens, à une condition claire. Ils devront s’engager à ne pas récidiver. En d’autres termes, le retour est possible, mais il s’inscrit dans un cadre précis, avec une volonté affichée de tourner la page.

Attention toutefois, cette mesure n’est pas générale. Sont explicitement exclus les auteurs de crimes de sang, de trafic de drogue, de trafic d’armes, ainsi que toute personne ayant collaboré avec des services de sécurité étrangers dans le but de porter atteinte à l’Algérie. La main est tendue, mais elle n’est pas aveugle.

Derrière l’humanitaire, un enjeu sécuritaire assumé

Dans son argumentaire, le pouvoir algérien met aussi en avant un risque souvent évoqué, celui de l’instrumentalisation. Des jeunes vulnérables, sans papiers, sans ressources, peuvent être récupérés par des réseaux criminels ou mafieux, voire utilisés à des fins politiques ou sécuritaires contre leur pays d’origine.

Un discours qui mêle compassion sociale et vigilance sécuritaire, assumé sans détour. L’idée est simple, mieux vaut un retour encadré que des trajectoires brisées à l’étranger, parfois irréversibles.

Les consulats en première ligne pour accompagner les retours

Concrètement, la mise en œuvre de cette décision passera par les consulats algériens à l’étranger. Ce sont eux qui seront chargés de traiter les dossiers, d’accompagner les démarches et de faciliter le retour vers l’Algérie.

Reste désormais à savoir combien de jeunes répondront à cet appel. Entre espoir d’un nouveau départ et méfiance face aux conditions imposées, l’annonce pourrait marquer un tournant. Une chose est sûre, le sujet touche une corde sensible dans la société algérienne, entre fierté nationale, urgence sociale et quête d’avenir.