Sorti en 2005, Va, vis et deviens de Radu Mihaileanu n’est pas juste un drame historique. C’est une claque émotionnelle, un film sur l’identité, l’exil et la survie qui continue de bouleverser près de vingt ans après sa sortie. Inspiré de faits réels, il raconte une histoire intime sur fond de tragédie géopolitique. Et sa fin… impossible de l’oublier.
Un enfant, un mensonge et une nouvelle vie
L’histoire démarre en 1984, dans un camp de réfugiés au Soudan. En pleine famine, des milliers d’Éthiopiens tentent de survivre. Parmi eux, un petit garçon chrétien de neuf ans.
Pour lui offrir une chance de vivre, sa mère prend une décision impensable. Elle le pousse à se faire passer pour juif afin d’être évacué vers Israël lors de l’Opération Moïse, vaste mission humanitaire organisée pour rapatrier les Juifs éthiopiens.
L’enfant devient alors Schlomo
Adopté par une famille israélienne d’origine française, il grandit à Tel-Aviv avec un secret immense. Il n’est ni juif, ni orphelin. Il vit dans la peur constante d’être découvert. Cette double identité devient le cœur du film. Entre intégration, racisme latent, quête spirituelle et amour filial, Va, vis et deviens explore le tiraillement d’un homme qui ne sait plus vraiment qui il est.
Radu Mihaileanu filme tout cela avec une grande humanité. Pas de pathos forcé. Juste des regards, des silences, des scènes du quotidien qui disent tout.
Un drame historique ancré dans la réalité
Le film s’inspire directement de l’Opération Moïse, menée en 1984-1985 pour évacuer des milliers de Juifs éthiopiens vers Israël. Ce contexte historique donne une puissance particulière au récit. On ne regarde pas seulement une fiction, on assiste à une page complexe de l’histoire contemporaine.
Le racisme envers les Juifs noirs en Israël, les tensions identitaires, le poids de la religion, tout est abordé sans caricature. C’est aussi ce qui explique pourquoi le film a été salué par la critique et récompensé, notamment au Festival de Berlin et aux César.
Comment se termine Va, vis et deviens ?
La fin du film est à la fois simple et dévastatrice. Schlomo, devenu adulte, médecin, marié et intégré dans la société israélienne, décide de retourner en Éthiopie. Ce voyage n’est pas touristique. C’est un retour aux sources. Un retour vers celle qui l’a sauvé au prix de son propre sacrifice.
Il retrouve sa mère biologique dans un camp de réfugiés.
La scène est presque silencieuse. Pas de grandes déclarations, pas de musique dramatique excessive. Juste deux regards qui se retrouvent après des décennies. Elle comprend qu’il a survécu. Il comprend qu’elle l’a laissé partir pour qu’il vive.
Le titre du film résonne enfin pleinement. « Va, vis et deviens. » Elle ne lui avait pas dit « souviens-toi » ou « reviens ». Elle lui avait donné l’ordre de vivre.
Ce n’est pas une fin spectaculaire. C’est une fin intérieure, comme une forme d’apaisement après des années de mensonge et de culpabilité. Schlomo n’efface pas son passé. Il l’accepte.
Pourquoi cette fin marque autant ?
Parce qu’elle parle d’identité, mais aussi d’amour inconditionnel. D’un sacrifice maternel absolu. Et d’un homme qui a dû mentir pour survivre, mais qui n’a jamais cessé d’être l’enfant d’une mère.
Le film ne donne pas de réponses toutes faites. Il pose une question universelle : est-on défini par ses origines, sa foi, son pays… ou par ce que l’on devient ?Presque vingt ans après sa sortie, Va, vis et deviens reste un drame puissant sur l’exil et la construction de soi.
