Le 17 février 2026, le Vietnam commence son année du Cheval de Feu. Têt Nguyên Đán (« fête de la première matinée ») ne représente pas seulement un changement de l’année, mais une réorganisation des temps sociaux : tandis que les métropoles se vident, les autels s’illuminent, les marchés fleurissent et les scènes s’enflamment d’une énergie festive du Nord au Sud. D’une part, les festivités des Génies du Foyer (Ông Công – Ông Táo) le 10 février et d’autre part, l’illuminant Réveillon de la Rue des Fleurs de Nguyễn Huệ à Hô Chi Minh-Ville, le 15 février, la nouvelle édition de la fête 2026 recompose la cartographie sensible d’un pays qui croise mémoire rituelle, création contemporaine et diplomatie culturelle des diasporas.Guide long format d’un Nouvel An vietnamien, un événement associant familles, arts et politiques publiques – et qui, tant pour les voyageurs que pour la diaspora, reste l’une des plus belles passeports d’entrée dans l’âme vietnamienne : l’accès à
Tết 2026 s’articulera autour de trois repères : sa date, l’animal zodiacal qui lui sera associé et le calendrier des jours fériés
a) Quand a lieu Tết 2026 ?

Le jour du 1er Tết 2026 (nuit du 17 au 18 février 2026) est tombé le mardi 17 février 2026. La soirée du lundi 16 février a, ritualisée, constitué le passage au nouvel an. La cohérence de ce cadrage calendaire est confirmée par de nombreux sites d’information vietnamiens.
b) Quel animal ?
L’année du Cheval (Feu) L’année 2026 sera celle du Cheval (Năm Ngọ) dans le zodiaque vietnamien toroécapé de douze animaux. Elle est si connue qu’il ne semble pas inutile de rappeler l’entrée de cycle qui lui correspond, avec le Feu énergie traditionnellement interprétée comme « un signe d’allant, de mobilité et d’audace créatrice ».
c) Combien de jours fériés officiels et quand ?
Un pont de neuf jours organisé par autorités et médias de services pour Tết 2026 a été annoncé : du 14 au 22 février, retour à la normale le lundi 23 février (administrations et entreprises), même si « la vie réelle » de Tết s’étire bien au-delà dans les familles.
Tết, mode d’emploi : du foyer à la rue, l’architecture d’un temps sacralisé
a) Avant Tết : Ông Công – Ông Táo, le « top départ »
Le 23ᵉ jour du 12ᵉ mois lunaire, le Vietnam « ouvre » la saison de Tết en raccompagnant les Génies du Foyer au Ciel. En 2026, le 10 février. Offrandes, carpes vivantes relâchées dans les lacs, vêtements votifs, nettoyage de l’autel domestique ; au-delà de la piété, un rituel populaire qui fait aussi écho à une éthique du foyer (ordre, responsabilité, gratitude).« La cérémonie en l’honneur des Génies du Foyer marquerait l’entrée dans Tết, on s’y prépare, on s’y souvient, on s’y projette. Une dramaturgie morale du quotidien », écrit (fictif) Nguyễn Phương Linh, anthropologue rituelle à Hanoï.
Des sites dédiés à la culture et au voyage exposent les variantes régionales : statistiques voisines des carpes à relâcher au Nord, cheval votif en papier au Centre, horaires vesperaux fréquemment demandés au Sud – en vue d’achever le rite avant « midi arrive » du 23 lunaire pour que les génies « fussent partis à l’heure. »
b) Préparer également la maison et l’autel : fleurs, plateaux de fruits, gâteaux
Les jours précédents, on brille la maison, on en dresse le plateau des cinq fruits, on va au cimetière, on coud ou achète vêtements neufs, et surtout l’on fabrique bánh chưng (carrés dans le Nord) ou bánh tét (cylindres au Centre/Sud). Ces gestes ont un sens de renouvellement, de filialité, de semence d’abondance.Dans la symbolique florale, le pêcher (hoa đào, au Nord) et l’abricotier jaune (hoa mai, au Sud) dominent, accompagnés de kumquats inférieurs chargés de fruits – la vitrine d’un bonheur voulu apparent.
c) La bascule : Réveillon et premiers jours
La fête est familiale (Réveillon, 16 février au soir) : repas grand, cérémonie rituelle d’invitation des ancêtres sur l’autel, embrassades, lì xì (enveloppes rouges) à minuit. On surveille les mots, on surveille les gestes : on évite conflits et bris, on ne balaie pas (au risque de « chasser la chance »), on choisit qui ouvre la porte (xông đất) – autant de micro-rites qui « réécrivent » durant l’intervalle la chance pour l’année.
Histoire et sens : pourquoi Tết est encore « le » cœur battant du Vietnam
a) Un printemps des agriculteurs devenu matrice nationale
Tết a son socle dans les sociétés agraires du delta, époques de printemps et de recommencement.A travers les siècles, la fête a absorbé le rite des ancêtres (confucianisme), des images bouddhiques (pleines lunes, interdits) et de la croyance taoïste (Dieux de la Cuisine) en un syncrétisme bien vietnamien.
b) Le calendrier, un artefact politique
La mise en rythme par standardisation du premier mois lunaire au début de l’année, héritée de la Chine impériale tout en re-réinterprétée au Vietnam, dit aussi le caractère construit politiquement et rituellement de l’ordre temporel.
c) Le zodiaque vietnamien, une imagination partagée
Le zodiaque cadre des âges, des compatibilités, des prémonitions. Une particularité souvent mise en avant de la culture vietnamienne : le Chat (Mão) remplace le Lapin (Thỏ) du système chinois ; mais pour l’an 2026, c’est bien le Cheval (Ngọ) (Feu) qui rythme les décors, calligraphies et performances.
Villes en fête : performances spectaculaires et « penchants culturels » de Tết 2026
a) Hô Chi Minh-Ville : la rue des Fleurs Nguyễn Huệ comme mégaspectacle
Épicentre scénique du Sud, Nguyễn Huệ s’est muée, du 15 au 22 février, en un parcours floral immersif – de jour (installations, 100 000 corbeilles de fleurs, bambous, mascottes-chevaux) et de nuit (mapping, AR, lanternes géantes rotatives). Le cheval monumental – clin d’œil au Saint Gióng – a servi d’icône 2026. Les médias ont fait état d’une deuxième vie de certaines installations, maintenues jusqu’au 22 mars. L’ouverture, d’ores et déjà très fréquentée, témoigne de la popularité de l’événement : familles en áo dài, scènes photo, lion dances – la déambulation commence.
b) Le « Tet Festival 2026 » : tradition et création au Youth Cultural House
À côté, le Tet Festival 2026 (1ᵉʳ–21 février) a multiplié calligraphies, expositions, démo d’artisanats et mini-scènes musicales – un fil rouge : « La beauté du passé dans l’éclat d’aujourd’hui ».L’édition a mis l’iconographie du cheval sous le soleil dans une scénographie immersive (« Galloping into Spring »).
c) Hanoï : patrimoines et modernités
La capitale articule tradition (cérémonies Thăng Long, jeux populaires, citadelle impériale) et modernité (shows lumineux, promenades piétonnes autour du lac de Hoàn Kiếm). Les guides de voyage recommandent les marchés aux fleurs (Quảng Bá), les spectacles de chèo et de ca trù en plein air les jours de Tết.
Héritages culinaires et arts du goût : la table comme scène de Tết
a) Les grands incontournables du Nord
Bánh chưng, xôi gấc, poulet bouilli, giò lụa, viandes en gelée, soupe de bambou : un répertoire où l’amidon, le porc, les couleurs symboliques (rouge du gấc) et les textures dialoguent avec les saisons. L’assiette de légumes au vinaigre et les fruits confits accompagnent les visites et les salutations.
b) Au Centre et au Sud : banh tét, agrumes et hoa mai
Le bánh tét (roulé), chrysanthème et kumquat sur le pas de la porte interviennent dans un décor heureux tissés avec la cuisine méridionale plus sucrée dont font partie les fruits confits (mứt), que l’on grignote, autour du plateau de thé, entre deux salutations.
c) Ce que dit la cuisine de la société
La période de cuisson du bánh chưng/tét souvent collective s’apparente à un atelier de transmission : gestes, récits, accent de chaque lignée. Comme l’écrit un blogueur de terrain, « ces heures au feu ne sont pas que cuisine: c’est le lien. »
Pratiques et usages : ce qu’il faut savoir (et ce qu’il faut éviter)
a) Les « faire » : vœux, visites, pagodes
Premier et deuxième jours : famille immédiate, puis proche, puis alliée, puis les amis. On va à la pagode pour assurer la faveur des divinités. Les enfants reçoivent ainsi des enveloppes rouges – pas tant pour l’argent, que pour l’esprit de bénédiction en circulation.
b) Les « ne pas faire » : balayer, s’engueuler, casser
Règles de bon sens ritualisées : ne pas balayer (pour ne pas chasser la chance), garder un propos « amical », faire attention.
C’est ainsi que la personne qui passe le seuil la première (xông đất) est souvent choisie pour « ouvrir » l’année.
c) Conseils pratiques pour les touristes
Le Tết est la période de mobilité : billets d’avion et de train épuisés avant et après la date ; commerces et entreprises partiellement fermés ; hôtels et lieux touristiques restent ouverts. Pour profiter des fruits et des fleurs, et éviter d’être pris dans un rush fébrile, on peut ne pas s’y rendre trop tard.Hội An, la lanterne en signature : poésie visuelle et ferveur
a) Lanternes et lune pleine : fais ce que tu veux, fais idée
Le Festival des Lanternes à Hội An, organisé chaque 14ᵉ jour lunaire, éteint les néons pour allumer la soie colorée et faire un vœu au fleuve Thu Bồn ; en 2026, plusieurs guides redonnent les balises mensuelles et recommandent donc d’arriver tôt tant l’affluence peut être massive.
b) Tết à Hội An : sobriété et ferveur
À Têt, Hội An brille d’une chaleur entière : barques de lanternes, prières du premier mois lunaire (Nguyên Tiêu : 2–4 mars 2026), rituels agricoles comme Cầu Bông à Trà Quế (23 février), dans une autre temporalité du Têt, plus méditative, à l’abri du tumulte des métropoles.
c) Conseils d’accès
Inclure au départ de Đà Nẵng 60-75 minutes les soirs de festival ; accessoirement arrivée avant 18h30, pour la lumière et éviter les coups durs
Questions de sens : ce que représente Tết en 2026
a) Famille, mémoire, avenir
Tết, finalement un contrat symbolique : payer ses dettes de conscience, se réconcilier si possible, honorer les anciens, donner à ses enfants un avenir (chance) – un combat de long long terme contre l’incertitude.
b) Spectacle et identité
Les spectacles visibles – mapping, parades, concerts répondent à une forme d’attente contemporaine : fabriquer des images pour un public connecté, mais sans rompre le fil du rituel (autels, encens, processions) ; Nguyễn Huệ 2026, son mode double jour/nuit, et ses neuf chevaux flamboiants, illustre ce tressage.
c) Influence et diffusion
Tết s’impose sur la scène culturelle au-delà de la semaine de fête : calendrier des salles, des tournées post-Tết, des galas télévisés, des initiatives diasporiques. La fête irrigue la production musicale, visuelle et artisanale – et constitue une arme de soft power.
Conclusion : Tết 2026, équilibre réussi entre fidélité et invention
Le Nouvel An vietnamien 2026 aura confirmé un double mouvement. D’une part, une fidélité à toute épreuve aux rites de la maison – autels, Génies du Foyer, plateaux de fruits, gâteaux, visites – qui sont le fondement moral de la fête et en assurent l’intemporalité. D’autre part, une invention scénique assumée – Rue des Fleurs immersive, galas polymédias, festivals thématiques – au service d’une identité qui s’exprime aujourd’hui dans des images, lumières, sons et parcours urbains.
En 2026, la fécondité de Tết repose sur cette rencontre : la maison et la ville, l’intime et le spectaculaire, la mémoire et le désir. C’est là, tous les ans, où le Vietnam se raconte dans une langue qui parle à tous : celle d’une communauté qui se guérit, recommence et s’avance – ensemble.





