Soïg Sibéril, guitariste virtuose et pionnier de la guitare celtique, est décédé samedi 5 avril 2025 à l’âge de 70 ans. Une perte immense pour la culture bretonne, mais aussi pour tous ceux qui, un jour, ont croisé sa route musicale.
Soïg Sibéril était le fils d’un père breton originaire de Glomel (Côtes-d’Armor) et d’une mère marocaine. Un métissage culturel qu’il n’a jamais nié, mais qu’il évoquait souvent avec humour et tendresse : « J’ai été plus orienté par le kig ha farz que par le couscous », disait-il en riant.
Une guitare oubliée… et une vocation trouvée
C’est presque par hasard que Soïg Sibéril découvre la guitare. À 18 ans, son frère part faire son service militaire et laisse son instrument derrière lui.
Soïg s’en empare, gratte quelques accords, et tombe amoureux. Il écoute Bob Dylan, Pete Seeger, Woody Guthrie… la folk américaine devient son école de base. Mais c’est une rencontre décisive avec Michaël O’Donnell, un guitariste irlandais, qui va orienter toute sa carrière. Ce dernier lui fait découvrir les accords ouverts, un système d’accordage qui permet de donner à la guitare des sonorités proches de la cornemuse ou de la vielle.
Pour la première fois, la guitare, instrument longtemps absent de la tradition bretonne, trouve sa place dans les festoù-noz.
De Paris au Kreiz-Breizh : un retour à ses racines
Dans les années 70, Soïg quitte Paris et s’installe en Bretagne. Il abandonne son travail d’éducateur, persuadé, comme il le dira plus tard, que « tout était possible ».
Ce changement de vie marque le début d’une longue carrière, riche en collaborations et en créations. Il joue d’abord avec le groupe Kanfared Rostren, puis rejoint Skrilled. Il cofonde ensuite Kornog et Gwerz, deux formations majeures qui finiront par fusionner sous le nom de Pennoù Skoulm. Avec ces groupes, il parcourt la Bretagne, l’Europe et même les États-Unis.
Il joue aussi aux côtés des plus grands noms de la scène bretonne : Patrick et Jacky Molard, Erik Marchand, Jean-Charles Guichen, Jean-Félix Lalanne, Alan Stivell, Ronan Le Bars… La liste est longue, presque interminable. Il enregistre 13 albums solo, dont le dernier, Les sentiers partagés, lui vaut en 2022 un prix Coup de cœur de l’Académie Charles-Cros.
Une vie personnelle discrète et chaleureuse
Soïg n’a jamais couru après la notoriété. Il préférait les chemins de traverse, les petites salles, les moments simples. Il parlait souvent de sa compagne Kidou, disparue en 2021, et de son fils Théo, à qui il avait dédié sa dernière récompense.
Malheureusement, la maladie l’a rattrapé. Longue, silencieuse, elle a fini par l’emporter. Il s’est éteint à Carhaix, à quelques kilomètres seulement de chez lui, dans le calme du centre-Bretagne, ce coin de terre qu’il n’a jamais quitté depuis plus de 40 ans.





