On l’imaginait intouchable, adulé par des millions de fans, affichant un sourire impeccable et une voix qui remplit les Zéniths. Mais ce mardi 16 septembre 2025, la réalité judiciaire a rattrapé Slimane Nebchi. Le chanteur, star révélée par The Voice en 2016, a été condamné à une amende de 10 000 euros (dont 3 000 avec sursis) par le tribunal judiciaire de Saint-Étienne. Une condamnation dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, autrement dit le “plaider coupable” à la française.
Derrière la formule juridique, une certitude. Slimane a reconnu les faits de harcèlement par voie numérique qui lui étaient reprochés. Et c’est toute son image d’artiste sans tache qui vacille.
Une soirée de tournée qui tourne mal
Retour en arrière. Le 17 décembre 2023, Slimane est en plein “Cupidon Tour”, sa grande tournée des Zéniths. Sixième date, Saint-Étienne. Après le concert, la fête continue en coulisses. Rien d’inhabituel jusque-là la fin de spectacle, relâchement, verres qui circulent, musique qui ne s’arrête pas.
C’est dans ce cadre festif qu’un technicien affirme avoir vécu un moment qu’il n’oubliera pas. Selon sa plainte, l’artiste l’aurait bloqué contre un mur, lui imposant une étreinte non désirée, avant d’insister pour l’attirer dans sa loge. Le technicien se dégage, s’échappe, rejoint son bus de tournée. L’histoire aurait pu s’arrêter là.
Quelques heures plus tard, le téléphone du plaignant s’illumine de notifications incessantes. Pendant près de deux heures et demie, Slimane lui envoie une rafale de messages et de vidéos. Certains sont explicites, d’autres carrément pornographiques. Un acharnement numérique qui a fini par peser lourd dans la balance judiciaire.
Des plaintes multiples, mais une seule retenue
L’affaire ne s’arrête pas à ce seul témoignage. D’autres plaintes ont émergé dans la foulée, quand l’histoire a fuité dans la presse, fin octobre 2024. Mais la procureure Anne Gaches a été claire dans son communiqué. Aucune d’entre elles n’a pu être suffisamment caractérisée. Toutes ont donc été classées sans suite, sauf celle du technicien.
Cette précision change la donne. Sur le papier, Slimane n’est reconnu coupable que d’un seul fait, celui du harcèlement par voie électronique. Mais dans l’opinion, l’ombre du doute plane. Car même si la justice n’a pas retenu les autres accusations, elles existent, elles circulent, elles nourrissent la rumeur.
Le poids d’une notoriété écrasante
Pourquoi la plainte a-t-elle mis presque un an à être déposée ? La réponse tient en un mot, la peur.
Me Anne-Sophie Charrieras, avocate du plaignant, l’a expliqué à l’époque. “Slimane est extrêmement populaire, aussi bien auprès du public que dans le milieu artistique. Mon client avait peur d’être marginalisé, de passer pour un menteur, d’être accusé d’avoir inventé.”
Un climat étouffant qui dit beaucoup de l’écart de pouvoir entre une star de la chanson française et un technicien de l’ombre. D’autant que la société qui employait le plaignant a immédiatement réagi après la soirée. Dès le lendemain, les deux employés prévus pour suivre la tournée sont retirés, avec leur matériel. Une nouvelle équipe technique est embauchée à la hâte pour que la tournée puisse continuer en février 2024, sans accroc apparent.
Un “plaider coupable” pour éviter le procès public
La stratégie judiciaire adoptée par Slimane (accepter la procédure du plaider coupable) n’est pas anodine. Elle lui permet d’éviter une audience publique, où chaque détail aurait été décortiqué devant la presse et les spectateurs. Mais elle implique aussi une reconnaissance claire de culpabilité. Pas de demi-mesure, il a accepté sa responsabilité.
Ce choix, en un sens, est un aveu. Et pour un chanteur qui, jusqu’ici, incarnait une forme de douceur, d’authenticité et de proximité avec ses fans, l’impact est énorme. On ne sort pas indemne d’une telle reconnaissance, surtout quand on a bâti sa carrière sur la bienveillance et l’émotion.
Quel avenir pour Slimane ?
Reste désormais la question de l’après. L’industrie musicale n’est pas tendre avec ceux qui chutent. Certains artistes ont su rebondir après des scandales, d’autres ont vu leur carrière s’effondrer. Dans le cas de Slimane, difficile de prédire la réaction de ses fans. Son duo avec Vitaa, ses tubes radiophoniques, sa popularité transgénérationnelle, tout cela pèse lourd. Mais l’image publique est fragile.
Pour l’instant, ni Slimane ni son entourage n’ont commenté la condamnation. Le silence est assourdissant. Et chaque heure qui passe nourrit l’idée que l’artiste cherche à contenir l’incendie.
Le “Cupidon Tour” avait été pensé comme une célébration de l’amour. Ironie cruelle, c’est précisément une affaire liée à l’intimité et au consentement qui risque aujourd’hui de briser l’icône.





