Le drame s’est déroulé en plein été, mais ce n’est qu’au début du mois de septembre que l’affaire a éclaté au grand jour. Le 17 juillet 2025, Sergio Penalva, DJ espagnol de 47 ans, est mort après une intervention policière particulièrement controversée à Benejúzar, près d’Alicante. Selon les éléments révélés par El País et confirmés par la Cadena Ser, deux agentes locales sont désormais accusées d’avoir provoqué son décès.
Une nuit d’angoisse qui vire au cauchemar
Tout commence dans la nuit du 13 au 14 juillet. Sergio Penalva, père d’un adolescent de 17 ans, se réveille en proie à une forte crise d’angoisse. Il peine à respirer et réveille son fils pour lui demander de l’aide. Ensemble, ils descendent dans la rue et se dirigent vers le poste de police locale de Benejúzar, dans l’espoir d’obtenir une assistance médicale rapide.
Mais, selon le témoignage de son fils, les deux agentes présentes refusent de les aider. Les antécédents de consommation de stupéfiants du DJ, que les policières auraient invoqués pour justifier leur refus d’appeler une ambulance. Face à ce refus glaçant, le père et le fils poursuivent leur chemin, frappant aux portes des voisins avant de se lancer à pied vers l’hôpital le plus proche, situé à plusieurs kilomètres.
L’intervention musclée qui a tout fait basculer
C’est à ce moment que les deux agents décident d’intervenir. Considérant que le comportement de Sergio Penalva et de son fils sur la voie publique est suspect, elles choisissent de les interpeller. La situation dégénère rapidement. Selon la plainte déposée par l’adolescent, l’une des agentes a immobilisé son père en plaquant son genou sur son cou. Une pression maintenue plusieurs minutes, sous ses yeux, jusqu’à ce qu’il réalise que son père « ne respirait plus ».
Transporté dans le véhicule de police, menotté et déjà en arrêt cardiorespiratoire, Sergio Penalva arrive aux urgences de l’hôpital Vega Baja intubé et en état critique. Il succombera trois jours plus tard, le 16 juillet, à la suite d’un échec multiorganique provoqué par l’arrêt cardiaque initial.
Une autopsie accablante
L’autopsie pratiquée sur le corps du DJ ne laisse guère de place au doute. Le rapport évoque une « mort violente », attribuée à l’intense stress et à l’agitation subis lors de sa détention. Les médecins légistes mentionnent également des blessures visibles sur la tête, le torse et les bras de la victime, compatibles avec un usage disproportionné de la force.
Certes, le rapport indique que Sergio Penalva avait consommé des stimulants, mais cette donnée n’efface pas les conclusions centrales. C’est bien la manière dont il a été immobilisé et maintenu qui a précipité son décès.
La plainte du fils et l’ouverture d’une enquête
Le fils de la victime, âgé de seulement 17 ans, a attendu le 29 juillet pour déposer plainte auprès de la Guardia Civil de Jacarilla. Dans son récit, il accuse directement les deux policières d’abus d’autorité et d’omission de secours, soulignant qu’au lieu d’aider son père en détresse, elles ont aggravé sa situation.
Depuis, l’enquête est entre les mains de la police judiciaire d’Almoradí. La Guardia Civil a ouvert une procédure afin de reconstituer les faits dans le détail et déterminer les responsabilités des deux agentes. L’affaire est désormais entre les mains de la justice espagnole.
Silence officiel et colère publique
Du côté des autorités locales, la réaction reste prudente. Le maire de Benejúzar s’est contenté de déclarer qu’il faisait confiance au travail de ses policières, tout en assurant la famille de sa coopération. Aucune sanction disciplinaire n’a pour l’instant été prise, ce qui alimente la colère grandissante sur les réseaux sociaux.
De nombreux Espagnols dénoncent une affaire qui rappelle, dans ses grandes lignes, des cas tristement célèbres de violences policières, comme celui de George Floyd aux États-Unis en 2020. Sur X (ex-Twitter), le hashtag #JusticiaParaSergio commence à circuler, porté notamment par des collectifs de défense des droits humains et des associations anti-violences policières.
Un nouveau dossier explosif pour la police espagnole
Cette affaire tombe dans un climat déjà tendu en Espagne, où plusieurs interventions policières ont été pointées du doigt ces dernières années pour leur brutalité. Elle pose frontalement la question de la formation des forces locales face aux situations médicales d’urgence. Comment expliquer qu’un homme en détresse respiratoire se soit vu refuser une aide médicale au poste de police ? Pourquoi avoir privilégié une interpellation musclée à une assistance médicale ?
Autant de questions qui restent en suspens, mais qui alimentent un malaise croissant dans l’opinion publique.
