Roblox, le jeu préféré des enfants, le paradis des prédateurs… et le cauchemar des autorités

AM.wiss

À première vue, Roblox a tout du jeu gentil. Des avatars cubiques façon Lego, des mondes colorés, des mini-jeux à l’infini. Un univers qui semble taillé pour les enfants… et c’est précisément le problème.

Derrière cette façade ultra-lisse, la plateforme est aujourd’hui dans le viseur des autorités françaises. La haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, n’a pas mâché ses mots en parlant d’un « repaire de pédocriminels ». Un terme choc, mais qui reflète une inquiétude de plus en plus documentée.

Roblox, c’est quoi exactement ?

Lancée en 2006 aux États-Unis, Roblox n’est pas un jeu unique mais une immense plateforme communautaire. Des millions de jeux y sont créés par des utilisateurs eux-mêmes, appelés « créateurs », souvent anonymes. On peut y jouer seul ou à plusieurs, discuter par chat écrit ou vocal, échanger des objets virtuels contre de la monnaie interne.

L’inscription est autorisée dès 5 ans. Résultat, la plateforme est massivement fréquentée par des enfants et des préados. Environ 40 % des utilisateurs ont moins de 13 ans. Roblox est devenu un véritable réseau social déguisé en jeu vidéo.

Le terrain de chasse idéal pour les prédateurs

C’est là que le bât blesse. Selon les autorités et plusieurs enquêtes indépendantes, Roblox est régulièrement utilisé par des adultes se faisant passer pour des enfants. Le schéma est presque toujours le même. Un faux ami, des cadeaux virtuels, une relation de confiance, puis des demandes de plus en plus explicites. Parfois, cela vire au chantage, à la sextorsion, voire à des abus simulés via les avatars.

Des témoignages glaçants ont émergé ces derniers mois, notamment celui d’une adolescente qui raconte avoir été manipulée pendant des années, dès l’âge de 10 ans, par un adulte opérant via Roblox avant de basculer sur Snapchat ou FaceTime.

Des contenus choquants longtemps tolérés

La plateforme a aussi été accusée d’héberger des jeux au contenu ouvertement problématique. Parodies d’affaires criminelles, univers sexualisés, violence extrême, références à des prédateurs sexuels notoires. Certains de ces jeux ont depuis été supprimés après des poursuites judiciaires aux États-Unis, mais ils ont existé, parfois pendant des mois, accessibles à des enfants.

Un rapport du cabinet Hindenburg a même évoqué l’existence de groupes Roblox servant de vitrines à des réseaux pédocriminels. Des accusations lourdes, toujours consultables, qui ont contribué à faire basculer l’image de la plateforme.

Une avalanche de signalements

Aux États-Unis, plusieurs États ont engagé des actions en justice contre Roblox pour manquements à la protection des mineurs. En France, les signalements explosent. L’Office mineurs a recensé des centaines de dossiers liés à Roblox, avec une hausse constante.

Les forces de l’ordre parlent désormais d’une forme émergente d’exploitation sexuelle en ligne, plus insidieuse, plus lente, mais redoutablement efficace.

Roblox se défend… en pointant ailleurs

Face à la polémique, Roblox promet des améliorations. Vérification de l’âge par scan du visage, renforcement de la modération, restrictions du chat pour les plus jeunes. Officiellement, la sécurité est une priorité.

Mais le discours de la direction passe mal. Son PDG explique que les prédateurs finissent toujours par aller ailleurs, sur d’autres plateformes moins contrôlées. En clair, le problème existerait surtout… chez les autres.

Un argument qui ne convainc ni les autorités ni les associations de protection de l’enfance. D’où l’idée, désormais évoquée ouvertement, d’une interdiction ou d’un encadrement strict de Roblox pour les adolescents.

Derrière ses petits personnages souriants, Roblox n’est plus seulement un jeu. C’est devenu un enjeu de société. Et clairement, personne ne peut plus faire semblant de ne pas voir le problème.