Steven Knight a offert au monde Peaky Blinders, série devenue culte, revisitée, copiée et jamais vraiment égalée. On se disait qu’il avait atteint son sommet avec les Shelby, et pourtant, son nouveau projet Netflix prouve le contraire. House of Guinness, drame historique ancré dans le Dublin de 1868, a déjà tout d’un chef-d’œuvre, mélange explosif de luttes de pouvoir, de tragédie familiale et de violence brute.
Dublin, 1868, l’empire Guinness en héritage
L’histoire débute avec la mort du patriarche Guinness, figure écrasante d’un empire brassicole qui domine l’Irlande. Le décor est planté, les héritiers se retrouvent face à un vide immense, et une question obsède chacun d’eux, qui prendra les rênes de ce royaume de mousse et d’acier ?
On pourrait s’attendre à une simple fresque industrielle, mais Knight va bien plus loin. Il s’inspire de la mécanique implacable de Succession, transpose la logique à une époque où la famine est encore dans les mémoires, et déploie une galerie de personnages rongés par leurs propres failles.
James Norton incandescent dans le rôle de Sean Rafferty
Au cœur du dispositif, Sean Rafferty, manager redoutable interprété par James Norton. Dès son entrée en scène, il impose une intensité presque animale, galvanisant les ouvriers, brisant ses ennemis avec la même énergie, tout en suintant un charisme électrique.
La critique parle de “phéromones qui débordent de l’écran” et ce n’est pas exagéré. Rafferty n’est pas seulement une brute, il incarne la tentation du pouvoir, le danger de l’homme prêt à tout pour s’élever dans un monde corrompu.
Les héritiers Guinness, entre fragilités et ambitions
Mais ce qui rend la série passionnante, c’est que l’attention se déplace vite vers la fratrie Guinness. Quatre héritiers, chacun piégé par les privilèges et les malédictions laissés par leur père. Arthur, l’aîné, croit pouvoir transformer sa fortune en pouvoir politique, mais sa colère et son homosexualité étouffée à une époque répressive menacent de le faire chuter.
Edward, plus posé, plus stratège, rêve de modernité mais se heurte à la réalité froide du commerce. Anne, incarnée avec justesse par Emily Fairn, intelligente mais marginalisée dans un monde où les femmes comptent peu, devient la voix sensible et lucide du récit. Quant à Benjamin Jr, il a déjà sombré dans l’alcool et le jeu, refusant de se battre pour un héritage qui l’écrase.
Un mélange entre Succession et drame historique irlandais
Chaque épisode alterne coups d’éclat et confidences, scènes de violence viscérales et dialogues feutrés dans les salons guindés. On y retrouve la patte de Knight, ce mélange de lyrisme brutal et de détails sensoriels, où la sueur, la fumée et le sang deviennent presque des personnages. Mais il y a aussi une dimension plus intime, plus psychologique, qui rapproche House of Guinness des grandes sagas familiales contemporaines.
Au-delà du drame privé, la série s’ancre dans l’histoire. L’Irlande sort tout juste de la Grande Famine, la soif d’indépendance gronde, et l’empire Guinness, symbole de richesse démesurée, cristallise toutes les tensions.
Une œuvre déjà incontournable sur Netflix
Cette toile de fond donne au récit une densité rare, où l’on comprend que chaque lutte interne a aussi une résonance politique.
House of Guinness réussit là où tant d’autres échouent. Elle séduit par son esthétique flamboyante, captive par ses personnages imparfaits, et surprend par la pertinence de son propos. Steven Knight signe ici, sans doute, la série la plus aboutie de sa carrière. Une fresque vibrante et addictive qui s’impose déjà comme un rendez-vous incontournable sur Netflix.





