Quand Shein se retrouve mêlé à une affaire de meurtre : l’étrange cas Luigi Mangione

la Rédaction

Un t-shirt fleuri, une photo en ligne et… un suspect de meurtre en pleine vitrine mode. Ces derniers jours, Shein, le géant chinois de l’ultra fast-fashion, s’est retrouvé au cœur d’une polémique inattendue. Sur son site est apparue une image d’un mannequin ressemblant trait pour trait à Luigi Mangione, un Américain de 27 ans accusé d’avoir tué en décembre 2024 Brian Thompson, PDG de UnitedHealthcare. Comment la photo d’un homme en détention provisoire a-t-elle pu se retrouver sur un site de e-commerce international ? Retour sur une histoire qui semble sortie tout droit d’un épisode de Black Mirror.

Qui est Luigi Mangione ?

Originaire du Maryland, Luigi Mangione a été arrêté en décembre 2024 après la mort par balle de Brian Thompson, 59 ans, PDG du géant américain de l’assurance santé UnitedHealthcare. Selon les autorités, Mangione serait l’auteur présumé du meurtre, un crime qui a secoué le monde économique américain.

L’homme, décrit comme discret, plaide toujours non coupable. Il attend son procès derrière les barreaux, encourant la peine de mort si la justice le reconnaît coupable. Sa photo judiciaire, largement diffusée dans la presse américaine, est devenue familière. C’est précisément cette ressemblance qui a mis le feu aux poudres lorsqu’un internaute a cru le reconnaître sur… Shein.

Le cliché qui a mis Internet en émoi

Tout a commencé par un simple screenshot partagé sur X (ex-Twitter) : un utilisateur y montrait un modèle posant pour une chemisette d’été Shein, sourire discret et look décontracté. Mais en y regardant de plus près, plusieurs internautes ont remarqué que le mannequin ressemblait étrangement à Mangione.

En quelques heures, les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Les commentaires allaient de la blague cynique (« Shein, où même les tueurs présumés deviennent influenceurs ») à l’indignation pure. Comment l’image d’un homme impliqué dans une affaire criminelle pouvait-elle se retrouver associée à une marque mondiale ?

Une image sortie d’où exactement ?

Face au tollé, Shein a rapidement publié un communiqué. La marque a expliqué que l’image ne venait pas de son équipe interne mais d’un fournisseur tiers : la société Manfinity, spécialisée dans les visuels produits. Problème : ces visuels ne seraient pas des shootings photo classiques mais des images générées ou retouchées par intelligence artificielle.

Des experts en IA qui se sont penchés sur l’affaire ont relevé des détails troublants. Une main légèrement floue, des proportions étranges au niveau du col. Tout laisse penser que la photo est un mélange hybride. Un corps généré artificiellement, mais avec un visage réel ou inspiré très fortement de Luigi Mangione.

La réaction de Shein

Pris de court, Shein a affirmé avoir supprimé l’image dès que la polémique a éclaté et lancé une enquête interne. La marque a assuré vouloir « renforcer ses processus de vérification » avant la mise en ligne des visuels.

Elle a aussi tenté de calmer le jeu en précisant que Mangione n’avait évidemment pas été recruté comme mannequin et qu’il n’y avait aucune « collaboration » entre Shein et le détenu. Autrement dit, il s’agirait d’une erreur (ou d’une négligence) dans la chaîne de sous-traitance.

Un scandale révélateur

Cette histoire soulève plusieurs enjeux. D’abord, la question de la vérification des contenus dans un écosystème où l’IA génère désormais des milliers d’images de mannequins, censées remplacer de coûteuses séances photo. Les risques de dérapage sont énormes : copier le visage d’un individu réel sans autorisation, volontairement ou par accident, peut exposer une marque à des poursuites judiciaires.

Ensuite, il y a le problème de l’éthique. Voir un accusé de meurtre devenir malgré lui « modèle virtuel » choque évidemment l’opinion publique. Cela donne l’impression que les outils de fast-fashion exploitent tout ce qui passe, sans aucune limite.

Internet s’enflamme

Sur les réseaux sociaux, les réactions oscillent entre fascination morbide et indignation. Certains y voient une nouvelle preuve que la fast-fashion n’a plus aucun contrôle sur ses procédés. D’autres ironisent sur le fait que « même en prison, Mangione trouve du travail », preuve de l’absurdité du système.

Plusieurs internautes ont également souligné le côté inquiétant. Si des criminels peuvent apparaître en modèles IA sans consentement, qu’est-ce qui empêche demain que n’importe quel citoyen se retrouve utilisé de la même manière ?

L’affaire Mangione, un tournant ?

En réalité, cette polémique dépasse largement Shein. Elle illustre les dérives potentielles de la mode dopée à l’IA. Les marques, en cherchant à produire plus vite et moins cher, délèguent à des fournisseurs qui eux-mêmes s’appuient sur des générateurs d’images parfois entraînés sur des visages réels récupérés sur Internet.Dans le cas Mangione, un homme accusé de meurtre, reconnu par son portrait, et une marque déjà critiquée pour ses pratiques peu transparentes. L’histoire restera comme un cas d’école sur les dangers d’une sous-traitance numérique mal contrôlée.