Nuit du Bien Commun : La soirée caritative qui divise vraiment tout le monde à Paris

AM.wiss

La Nuit du Bien Commun revient aux Folies Bergère et, cette année encore, la fête promet d’être agitée. Entre mobilisation d’associations, inquiétudes autour de l’influence politique de Pierre-Édouard Stérin et ambiance électrique dans le monde culturel, le gala caritatif se retrouve sous les projecteurs. Une soirée censée célébrer la solidarité, mais qui cristallise de plus en plus les tensions.

Un gala caritatif qui a tout d’un rendez-vous sous haute tension

Sur le papier, la Nuit du Bien Commun a tout du concept séduisant, une scène, des associations qui viennent raconter leurs projets, un public invité à donner et une ambiance quasi télé-crochet de la générosité. Depuis 2017, l’événement multiplie les éditions à travers la France et se présente comme une plateforme pour ceux qui veulent changer le monde, même un tout petit peu.

Sauf que la soirée n’a plus du tout l’aura consensuelle de ses débuts. L’édition parisienne, prévue aux Folies Bergère, se déroule dans un climat crispé. Pas vraiment à cause des pitchs d’assos mais à cause de la figure qui plane au-dessus de l’événement, Pierre-Édouard Stérin, milliardaire discret mais omniprésent dans plusieurs projets conservateurs. Les opposants voient dans cette Nuit non seulement une scène de dons mais aussi un lieu de réseautage idéologique, un rendez-vous stratégique pour une droite dure qui joue la carte de la respectabilité caritative.

Bref, un gala, oui, mais un gala qui ne fait plus l’unanimité.

Pourquoi la gauche voit rouge face au “bien commun” de Stérin ?

Depuis la révélation du fameux “projet Périclès”, attribué à Stérin, impossible d’éviter le débat. Ce plan viserait à structurer une galaxie politique et culturelle favorable à l’extrême droite, avec un mot d’ordre, gagner la bataille culturelle avant même de gagner les élections. Autant dire que pour beaucoup, la Nuit du Bien Commun n’a rien d’innocent.

C’est ce que martèle la SCAS, Section Carrément Anti-Stérin, accompagnée de plusieurs syndicats comme la CGT Spectacles. Selon eux, une partie des dons servirait indirectement à alimenter des associations ou écoles privées aux positions très conservatrices, parfois anti-LGBT, parfois farouchement antiféministes. Des critiques qui reviennent d’ailleurs régulièrement dans le milieu associatif, où l’on s’inquiète d’un phénomène d’« entrisme réactionnaire » sous couvert de philanthropie.

Et puis il y a cette impression tenace que derrière un décor chaleureux, du velours rouge des Folies Bergère jusqu’aux lumières bien pensées, on vient surtout tisser des liens entre financeurs très à droite et élus séduits par l’idée d’un soutien privé. Une sorte de networking politique version chic.

Mobilisation dans la rue, symbolique dans la salle

La soirée attire donc un contre-événement presque aussi structuré que le gala lui-même. Devant les Folies Bergère, la gauche militante prévoit un rassemblement, de la musique, des prises de parole et même une cantine solidaire parce que chez les militants, on connaît l’importance des pâtes chaudes quand il fait froid. L’objectif assumé est clair, perturber, dénoncer, visibiliser, et si possible pousser l’événement à se déporter, voire à s’annuler comme cela a déjà été le cas à Aix ou à Rennes.

Le monde de la culture, déjà frappé par des budgets en berne, ne goûte pas non plus le mélange entre argent privé défiscalisé et idéologie politique. Beaucoup font remarquer qu’au final, l’État finance indirectement des initiatives qui peuvent s’opposer frontalement à des valeurs d’égalité ou d’inclusion défendues dans le spectacle vivant.

Dans ce débat, les deux camps revendiquent le “bien commun”, mais ils ne parlent clairement pas du même.

Un marqueur politique devenu incontournable

La Nuit du Bien Commun n’est plus seulement un gala, c’est devenu un révélateur de lignes de fracture. On y projette désormais des visions opposées du pays, du rôle des associations, du financement privé et du poids des milliardaires dans la vie culturelle. Et au-delà des projecteurs, c’est tout un duel sur la place des idées, des valeurs et des modèles de société qui se joue.

Qu’on y voie un simple gala généreux ou un outil d’influence politique bien huilé, impossible de nier que cette soirée, autrefois discrète, est devenue un symbole. Et rien qu’à Paris, on peut déjà parier que l’ambiance sera loin d’être apaisée.