Nabil Ayouch, cinéaste engagé et visionnaire, continue d’explorer des thématiques sociétales puissantes dans son dernier film Everybody Loves Touda, présenté au dernier Festival de Cannes. Après avoir mis en lumière les réalités de femmes marginalisées dans Much Loved et le combat des jeunes rappeurs dans Haut et Fort, il s’intéresse ici à une héroïne hors du commun : Touda, une mère solitaire, déterminée à se libérer grâce à sa passion pour la musique traditionnelle marocaine.
La quête de liberté par la musique traditionnelle

Dans le rôle-titre, Nisrin Erradi, comédienne de talent révélée dans Adam de Maryam Touzani, livre une performance bouleversante. À travers son personnage de Touda, elle incarne une femme forte, vibrante et brisée, qui aspire à une émancipation personnelle et artistique dans un monde où les barrières patriarcales persistent.
Touda est une femme animée par un rêve audacieux : devenir une “Cheikha”, chanteuse traditionnelle marocaine. Ce style musical ancestral, porté par des femmes courageuses et souvent rebelles, est marqué par des paroles crues, poétiques et profondément libératrices. Les “Cheikhates” utilisent leur art pour défier les normes sociales et raconter les réalités de la condition féminine.
Une performance à la fois physique et émotionnelle
Pour Nisrin Erradi, incarner une telle figure a représenté une véritable métamorphose. « J’ai dû apprendre leur art de A à Z. C’était une lourde responsabilité que d’incarner ces artistes qui bravent les interdits pour se faire entendre », confie-t-elle. L’actrice a plongé corps et âme dans ce rôle exigeant, s’imprégnant des chants et des traditions pour offrir une interprétation sincère et vibrante.
Elle nous livre une composition saisissante, mêlant force et vulnérabilité avec une rare intensité. Everybody Loves Touda lui a demandé un investissement total, tant sur le plan physique que moral. « C’était un rôle drainant qui m’a épuisée physiquement et émotionnellement », reconnaît-elle.
La scène finale, un plan-séquence de huit minutes, est un moment de pure grâce où Touda chante avec une intensité qui laisse le spectateur sans voix. Cette conclusion, empreinte d’une lueur d’espoir, reste gravée dans les mémoires bien après la fin du film.
Les femmes marocaines : entre défis et progrès
À travers Touda, Nabil Ayouch aborde des problématiques encore sensibles au Maroc : la liberté des femmes, la lutte contre les violences sociales et familiales, et la quête de reconnaissance dans une société traditionnelle. Nisrin Erradi, quant à elle, se montre optimiste sur l’évolution des droits des femmes au Maroc. « Les choses vont beaucoup mieux pour les femmes aujourd’hui. Le pays évolue et le gouvernement veille à ce que ces progrès continuent », assure-t-elle.
Si le parcours de Touda est celui d’une artiste marginalisée et solitaire, il est aussi le reflet d’une société en pleine mutation, où les femmes commencent à prendre leur place malgré les obstacles. Nisrin Erradi, par sa grâce et son intensité, s’impose comme une figure incontournable du cinéma marocain et international.
Everybody Loves Touda n’est pas seulement un film ; c’est une ode à la résilience, à l’art et à la liberté. Grâce à des artistes comme Nisrin Erradi, la voix des femmes marocaines résonne plus fort que jamais, portée par une lueur d’espoir qui transcende les frontières.