Imaginez découvrir en quelques minutes que votre vie vient de basculer. Un diagnostic brutal, le temps suspendu, la peur… et pourtant, au lieu de s’effondrer, vous vous retrouvez projeté dans un parcours poétique et humain au cœur de Paris. C’est exactement ce que propose Pauline Loquès dans Nino, son premier long métrage. Il a d’ailleurs été présenté à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2025.
Le film suit Nino, interprété avec une justesse bouleversante par le Québécois Théodore Pellerin, un jeune homme dont la vie bascule lorsqu’on lui annonce qu’il est atteint d’un cancer agressif. La nouvelle tombe comme un couperet. Il doit entamer un traitement dans trois jours. Mais avant cela, les médecins lui confient deux missions apparemment anodines. Celles-ci vont bouleverser sa perception de lui-même et des autres.
Une errance parisienne entre urgence et introspection
Privé de ses clés et incapable de rester seul face à son diagnostic, Nino se lance dans une errance à travers Paris. De la place Stalingrad aux cafés du quartier, en passant par les bains publics, la capitale devient le théâtre de sa confrontation avec la vie, la peur et les autres. Loquès joue habilement avec ce cadre urbain et la ville n’est plus un simple décor. Elle reflète les états d’âme du personnage, ses doutes, sa vulnérabilité.
Le choix de la réalisatrice de faire de ces trois jours un véritable microcosme du vécu humain est malin. Les situations absurdes ou cocasses (clés perdues, rendez-vous à la clinique de fertilité, rencontres imprévues) ne sont jamais légères.
Elles révèlent la fragilité de l’existence et la force des liens qui nous soutiennent.
Des personnages qui touchent et illuminent
Aux côtés de Pellerin, le casting est impressionnant. Jeanne Balibar incarne la mère de Nino, incarnant un mélange subtil d’amour et d’impuissance face à la maladie de son fils.
Mathieu Amalric, dans une scène courte mais mémorable, apparaît dans les bains publics comme un personnage presque angélique. En partageant un simple geste d’après-rasage avec Nino, il offre au film un moment de grâce et d’humanité. Symbolisant que parfois, le réconfort vient de rencontres inattendues.
Le reste du casting (William Lebghil, Salomé Dewaels, Camille Rutherford) enrichit ce portrait d’un jeune homme confronté à l’adversité, tout en maintenant un ton juste, jamais larmoyant. Chaque interaction reflète la difficulté universelle de réagir face à un drame. Les mots sont souvent maladroits, mais l’intention, elle, est sincère.
Une fin qui bouleverse sans tout expliquer
Si vous cherchez une conclusion traditionnelle, préparez-vous à être surpris. Nino ne donne jamais de réponse définitive quant à la guérison de son héros. La dernière scène met en lumière l’importance de l’amitié et de l’amour. Entouré de ses proches et de figures bienveillantes, Nino est pleinement accepté et aimé, malgré la fragilité de sa situation.
Le film se clôt sur un message clair. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas la certitude d’une guérison, mais la capacité à être vivant, à ressentir et à tisser des liens. Le diagnostic est brutal, le temps est limité, mais ce sont les gestes simples, les présences inattendues et la chaleur humaine qui transforment la vie de Nino en un récit d’espoir et de résilience.
Cette fin ouverte permet au spectateur de rester avec le personnage, de continuer à s’inquiéter pour lui, et surtout, de réfléchir à ce que signifie être vivant malgré l’incertitude. Loquès n’impose pas la morale, elle propose une expérience sensible, intime et profondément humaine.
Entre poésie, émotion et humanité
Nino n’est pas un film sur la maladie, c’est un film sur la vie, ses surprises, ses joies et ses peines.
Loquès réussit à transformer un sujet potentiellement dramatique en une odysée urbaine, tendre et drôle, où chaque rencontre, chaque détour, chaque sourire compte.
La ville, les personnages, et surtout Nino lui-même deviennent des symboles de résilience, de bonté et de la beauté fragile de l’existence.
En moins de 90 minutes, le spectateur est transporté dans un Paris à la fois familier et poétique. Accompagné d’un héros dont la simplicité, la douceur et la vulnérabilité restent longtemps gravées dans la mémoire. La performance de Théodore Pellerin est la pierre angulaire de ce récit car elle incarne parfaitement cet équilibre entre fragilité et force, humour et émotion, solitude et communion.
Un film à voir ? Absolument
Avec Nino, Pauline Loquès signe un premier long métrage magistral, capable de bouleverser et d’émouvoir sans jamais tomber dans le pathos facile. La fin ouverte, centrée sur l’amour et l’amitié, réinvente la narration autour de la maladie. Ce qui sauve Nino, ce n’est pas seulement la médecine, mais les liens humains, la poésie du quotidien et la chaleur des rencontres.
Un film à voir absolument, pour rire, pleurer, et surtout, se souvenir que la vie peut être magnifique même lorsqu’elle vacille.





