L’influenceur Amine Mojito prend 15 mois de prison pour son canular à la Fête de la Musique

la Rédaction

Le 5 septembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris a accueilli un prévenu pas comme les autres. Amine Mojito, de son vrai nom Ilan Magneron, influenceur de 27 ans connu pour ses vidéos provocatrices. Accusé d’avoir semé la panique en poursuivant des passants avec une seringue lors de la Fête de la musique, il comparaissait pour « violences avec arme sans incapacité ». Quinze mois de prison ont été requis contre lui, dont une partie ferme. Retour sur une affaire où le buzz a très mal tourné.

Le canular qui a choqué la Fête de la musique

Tout est parti d’une série de vidéos tournées entre le 20 et le 21 juin dernier, en plein cœur de la Fête de la musique. Habillé en Inspecteur Gadget, Amine Mojito s’est filmé en train de courir après des passants avec une seringue à la main, mimant des piqûres. Les séquences, diffusées sur TikTok et Instagram, ont immédiatement provoqué une vague d’indignation.

En pleine période de vigilance autour des piqûres sauvages en soirée – un phénomène déjà source d’inquiétude dans les festivals et boîtes de nuit – ce « prank » a été perçu comme particulièrement malsain. Plusieurs associations avaient d’ailleurs dénoncé un comportement « irresponsable » et « traumatisant » pour les victimes filmées à leur insu.

Au tribunal, un homme très différent

Ce vendredi, l’influenceur est apparu bien loin de son personnage exubérant des réseaux. Assis sur le banc des prévenus, il évitait les regards, triturait ses mains, la tête baissée comme un enfant puni. « Aujourd’hui, il n’y a plus d’Amine Mojito. Je veux me concentrer sur moi », a-t-il déclaré d’une voix tremblante.

Devant la présidente du tribunal, il a multiplié les excuses : « C’est beaucoup de regrets, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. » Il a expliqué que la seringue utilisée était vide, toujours équipée de son capuchon, et qu’il pensait que tout le monde comprendrait la dimension humoristique de la mise en scène. « C’était juste pour le buzz », a-t-il concédé, reconnaissant avoir cherché à relancer son image d’influenceur sportif en perte de vitesse.

Des antécédents judiciaires qui pèsent lourd

Le parquet n’a pas manqué de rappeler que ce n’était pas la première fois qu’Amine Mojito se retrouvait face à la justice. En 2018, il avait écopé d’un travail d’intérêt général pour violences. Deux ans plus tard, en 2020, il avait été condamné à huit mois avec sursis pour agression sexuelle. En 2022, il avait encore été sanctionné par un stage de sensibilisation au sexisme.

Autant dire que ce nouveau dérapage est loin d’être isolé. « Monsieur est un récidiviste du mauvais goût et du non-respect des autres », a martelé la procureure, soulignant « l’absence de prise de conscience malgré les condamnations précédentes ».

Les réquisitions du parquet

Face à ces éléments, le ministère public a requis une peine de 15 mois de prison, dont 10 mois ferme, assortis d’un aménagement sous bracelet électronique. Une amende de 1 500 euros a également été demandée. Le parquet estime que seule une sanction lourde peut marquer un véritable coup d’arrêt aux provocations répétées de l’influenceur.

« Ce n’est pas un simple sketch. C’est un acte anxiogène, en pleine période où les piqûres sauvages faisaient l’objet de centaines de plaintes en France. Les victimes ont pu croire à une véritable attaque », a insisté la procureure.

La défense tente de minimiser

L’avocat de l’influenceur, lui, a plaidé la maladresse et la bêtise plus que la volonté de nuire. « On parle d’un jeune homme qui a voulu amuser sa communauté, certes de manière stupide, mais sans aucune arme réelle ni intention violente. La seringue était vide et bouchée.

Il a demandé au tribunal de tenir compte de la sincérité des excuses de son client et de son souhait d’arrêter sa carrière numérique. « Il veut tourner la page, reprendre une vie normale, loin de l’ego et des réseaux sociaux », a insisté la défense.

La chute d’un personnage de TikTok

Avec près de 200 000 abonnés cumulés sur ses réseaux, Amine Mojito s’était fait connaître par des vidéos où il multipliait blagues, provocations et défis en tout genre. Mais son goût pour le buzz à tout prix semble aujourd’hui se retourner contre lui.

« Ma vie était un échec, je pensais que l’humour et la mise en scène allaient m’aider à exister », a-t-il confié à la barre. Une confession qui sonne comme un aveu d’épuisement. Dans un monde où l’audience se mesure en likes et où la frontière entre fiction et réalité se brouille dangereusement. Un regret peut-être tardif pour le jeune homme.

Verdict attendu le 3 octobre

Le tribunal correctionnel de Paris a décidé de mettre sa décision en délibéré. Le verdict sera rendu le 3 octobre 2025. D’ici là, l’influenceur reste sous contrôle judiciaire.

Qu’il soit condamné ou non à une peine ferme, l’affaire marque la fin d’un personnage numérique. Il aura poussé trop loin le curseur de la provocation. « Amine Mojito, c’est fini », a-t-il lui-même conclu, comme pour signer son clap de fin.

Un symbole des dérives de l’influence

Au-delà de ce cas particulier, l’affaire interroge sur les dérives de la quête du buzz sur les réseaux sociaux. Jusqu’où certains sont-ils prêts à aller pour susciter clics, vues et abonnés ? Et à quel prix pour les personnes prises malgré elles dans ces mises en scène ?

Le procès d’Amine Mojito illustre la fine ligne entre l’humour et la violence perçue, entre le canular et l’agression. En France, alors que le débat sur la régulation des influenceurs ne cesse de prendre de l’ampleur, cette affaire pourrait bien servir de jurisprudence.