Sorti en 2020, Les Apparences de Marc Fitoussi s’avance comme un thriller feutré, presque élégant. Mais sous les beaux appartements viennois et les sourires polis, le film gratte là où ça fait mal. Jusqu’à une fin volontairement inconfortable, qui laisse le spectateur sans mode d’emploi.
Un thriller psychologique sous haute tension
À première vue, Les Apparences ressemble à une chronique chic sur l’expatriation française à Vienne. Ève et Henri forment un couple parfait sur le papier. Lui est chef d’orchestre reconnu, elle travaille à l’Institut français, leur fils est bien élevé, tout va bien. Trop bien, évidemment.
Quand Ève découvre l’infidélité d’Henri avec l’institutrice de leur fils, l’équilibre se fissure. Ce qui aurait pu rester un simple drame conjugal bascule progressivement vers le thriller psychologique, un genre que Marc Fitoussi détourne avec finesse. Ici, pas de violence gratuite ni de course-poursuite. Tout se joue dans les silences, les regards, les non-dits… et les apparences, justement.
Karin Viard, impeccable dans la chute
Difficile de parler du film sans s’arrêter sur Karin Viard, magistrale. Elle incarne Ève avec une précision chirurgicale. Au début, elle subit. Puis elle observe. Et peu à peu, elle glisse vers une zone grise, moralement floue, où chaque décision semble logique… jusqu’à devenir inquiétante.
Face à elle, Benjamin Biolay campe un mari lâche et séduisant, très crédible dans son ambiguïté. Le casting secondaire, notamment Lucas Englander, renforce cette sensation de malaise diffus. Personne n’est totalement innocent, personne n’est franchement coupable. Et c’est là que le film est malin.
Une mécanique de manipulation bien huilée
Les Apparences parle moins d’adultère que de pouvoir et de domination sociale. Qui protège son image ? Qui peut se permettre de mentir sans conséquences ?
Le personnage de Jonas agit comme un révélateur. Il observe, il sait, il manipule. Et quand la situation lui échappe, le film bascule définitivement. La tension monte sans musique excessive, sans effet spectaculaire. Juste une impression persistante que tout va mal finir.
La fin de Les Apparences expliquée
Dans les dernières minutes, Jonas meurt accidentellement, noyé dans le Danube après une confrontation avec Ève. L’enquête révèle peu à peu les liens entre eux. Ève ment, se protège, brouille les pistes. Juridiquement, elle s’en sort. Moralement, beaucoup moins.
Henri la quitte. La communauté française, si prompte à juger, se détourne d’elle. Et la dernière scène, Ève seule dans Vienne, regardant presque la caméra, scelle le propos du film.
Il n’y a pas de rédemption, pas de punition spectaculaire non plus. Juste une femme qui a survécu… au prix de tout le reste.
Cette fin dérange parce qu’elle refuse le confort. Elle ne dit pas qui a raison. Elle montre simplement que maintenir les apparences peut coûter très cher.
Pourquoi cette fin marque autant ?
Marc Fitoussi ne cherche pas à choquer. Il préfère laisser le spectateur juger. Ève est-elle coupable ? Victime ? Les deux à la fois ? Le film pose la question sans jamais trancher.
C’est précisément ce flou moral qui fait de Les Apparences un thriller à part dans le cinéma français. Un film qui reste en tête bien après le générique, et qui pousse à se demander jusqu’où on irait, nous aussi, pour sauver notre image.





