Le lauréat du Prix littéraire de la Grande Mosquée de Paris 2025 s’appelle El Mouhoub Mouhoud

D.manel

Le lauréat du Prix littéraire de la Grande Mosquée de Paris 2025, El Mouhoub Mouhoud, a été couronné en octobre pour son essai Le Prénom. Esquisse pour une auto‑histoire de l’immigration algérienne (Seuil), récit portant « au plus près » un « reflet des hommes où l’intime fait corps avec l’histoire sociale ». Le prix décerné par la Grande Mosquée (Meilleur essai) vient tout juste de remettre son palmarès où l’on trouve également Le sens de la fuite de Hajar Azell (Meilleur roman), l’ampleur de Le culte des saints musulmans de Catherine Mayeur‑Jaouen, distingué d’une Mention spéciale, l’œuvre d’Abdelwahab Meddeb enfin salué du Grand Prix du jury. Un millésime 2025 qui confirme l’ambition d’un « jeune » prix d’éclairer par les livres la civilisation musulmane et ses dialogues avec le monde contemporain.

H2 — Le Prix littéraire de la Grande Mosquée de Paris : une nouvelle et déjà structurante institution
a) Origines et sens du prix

Créé au début des années 2020, le Prix littéraire de la Grande Mosquée de Paris attribue chaque année deux œuvres écrites ou traduites en français, un roman et un essai qui portent un regard éclairé sur la civilisation musulmane, et sur ses résonances historiques, artistiques ou sociales. Le prix est de 3 000 euros pour chacun des lauréats, témoignage d’un réel engagement pour la création intellectuelle.
Mais au-delà de la distinction, l’établissement se veut fort d’une vocation civique : faire de la Grande Mosquée de Paris un lieu de dialogue aussi pour le champ culturel. La cérémonie 2025 qui a réuni auteurs, éditeurs, personnes du monde universitaire et du visage du monde diplomatique témoigne de cette ambition : faire de la littérature un espace de conversation commun.

b) Jury fermement composite : édition, recherche et mémoire
Présidé par Chems‑eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, le jury 2025 réunit des figures du livre et des idées, de Souleymane Bachir Diagne à Benjamin Stora, en passant par Manuel Carcassonne, en garantissant un équilibre entre exigence intellectuelle, sens éditorial et vigilance aux débats contemporains.

c) Continuité 2024‑2025 : un cap affirmé
Nour Malowé (Le Printemps reviendra) et Dorothée‑Myriam Kellou (Nancy‑Kabylie) ont ouvert, en 2024, la voie d’un palmarès soucieux de faire coexister récits intimes et enjeux historiques ; la présence de Yasmina Khadra, alors lors du Grand Prix du jury, démontrait la volonté de mettre au jour œuvres‑phares autant que voix émergentes. L’édition 2025 confirme un choix.

H2 — Le livre primé : Le Prénom d’El Mouhoub Mouhoud

a) Résumé argumenté : une auto‑histoire de l’intégration

Au cœur du livre, un motif simple et fort : le prénom.C’est ce que devient le capteur d’histoires chez El Mouhoub Mouhoud : celle d’un village kabyle, d’une scolarité menée tambour battant, d’une arrivée en France à dix ans ; d’un parcours pétrini puis s’élargissant du banc de la faculté à la présidence de PSL. L’essai se développe en brefs chapitres où des scènes de classe, des rencontres, des épreuves tracent un vrai roman de l’ascension sociale, sans mièvrerie ni angélisme : parfois caustique sur l’élitisme, lucide sur le racisme, et sans détour sur le pouvoir émancipateur de l’école. « Mon parcours n’a rien d’exceptionnel ; il illustre la force tranquille de la transmission quand l’école honore sa promesse », écrivait-on : phrase-seuil disant la méthode de cet essai – relier récit de soi et généalogie sociale.L’adolescence : le récit passe du cadre familial, relationnel, au cadre scolaire et amical, et les rencontres avec l’enquêteur, où le sentiment d’échec l’emporte sur l’interrogation sur le prénom. Tout, ici, est dynamique, y compris le rapport à cette enfance qui risque de stagner dans le récit jusqu’au retournement, en conversation avec des collègues, devant l’invraisemblance d’une école qui valorise l’aidant familier du français. Une tonalité sociale des possibles.

3. L’âge adulte : l’enquête est devenue une proposition d’altérité, où s’illustre l’acte langagier. Plongée dans le lourd bagage familial, confrontée à la déshérence des contacts. Le prénom y a enfin sa chance de s’épanouir dans l’absence. L’idée ! de faire de cette absence le socle d’un rêve. Retour à l‘enfance où la prise de conscience du père est à sa portée… finalement.Les bifurcations : du collège aux classes préparatoires, des concours à la recherche, l’essai documente les chemins de traverse, les appuis discrets (professeurs, amis, collègues), les moments de doute, la construction d’un rapport à la langue française qui n’éteint pas la mémoire kabyle. Le récit ressoude alors les fils d’une intégration par sédiments — efforts, rencontres, institutions.
3. La parole publique : devenu économiste reconnu des migrations et de la mondialisation, Mouhoud interroge la responsabilité du savant : comment dire l’exil sans l’essentialiser ? Comment replacer les trajectoires dans leur contexte historique — colonial et postcolonial — sans se perdre dans l’abstraction ? La force du livre tient à ces questions posées à voix nue.

c) Une écriture qui refuse les extrêmes
Ni héroïsation, ni victimisation : Le Prénom avance en nuance. Il préfère les scènes aux slogans, les gestes aux anathèmes.On y découvre de jeunes enseignants qui déverrouillent des parcours singuliers, des camarades qui se promettent au moins un « capital de confiance », des murs qui, au fil du temps, se constituent en ruines — autant de récits d’expérience, où la littérature croise la sociologie. La dotation du prix n’a fait qu’officialiser l’intuition des lecteurs : un livre de vérité, au plus près du réel.

H2 — Portrait d’El Mouhoub Mouhoud : l’économiste, l’université présidée, l’écrivain

a) Un spécialiste des mondialisations et des migrations

El Mouhoub Mouhoud s’est imposé comme l’une des voix fortes de l’analyse des relocalisations, de l’innovation et des migrations internationales. Sa trajectoire académique — de Paris‑Dauphine à la présidence de PSL fin 2024 — éclaire le double registre qui caractérise son essai : la sobriété scientifique et la chaleur biographique.

b) Penchants culturels et influences
Le texte respire une bibliothèque d’histoire coloniale et postcoloniale, de sociologie de l’intégration, de philosophie morale, de littérature de témoignage.On Pressent sous l’infériorité des affinités avec les écritures de l’entre-deux (d’Azouz Begag aux carnets des chercheurs). L’auteur travaille en style à bas bruit : phrases claires, images rares mais précises, et une attention à tous les mots du quotidien : prénoms, accents, intonations.

c) Les performances publiques : conférences, débats, « concerts d’idées »
Si le terme « performance spectaculaire » s’invite plutôt à la scène musicale, parlons ici de performances oratoires pour Mouhoud : conférences en amphithéâtre, plateaux de médias, rencontres en librairie. Après l’annonce du prix, plusieurs entretiens filmés ont fait circuler salles pleines, et dialogues soutenus avec un public mixte (d’étudiants et d’enseignants, de lecteurs). Dans une telle place, l’énergie est palpable, la densité des échanges aussi.« Je désirerais que les enfants puissent se voir en récits qui ne les enferment pas », nous disait-il dans l’entretien, et la littérature n’est pas un prétexte éthique mais un déclic de libération. (Synthèse journalistique d’un échange vidéo.)

H2 — Pourquoi ce prix ? Objectif, critères, mouvement

a) Une scène d’exigences et d’accessibilité

Ce prix fait de la promotion d’œuvres destinées à rendre intelligible la civilisation musulmane, ses interactions, une raison d’être. Les critères clairement identifiés sont la pertinence du propos, le niveau littéraire et l’effet civique qui, dans un triptyque à l’origine de l’architecture du palmarès, associe roman (expérience sensible), essai (analyse), mention (réflexe), Grand Prix (longue durée).b) Une place croissante dans le paysage des prix français


Avec un palmarès 2024 et 2025 bien relayé, le prix s’installe dans la sphère des distinctions transversales, ni strictement confessionnelles ni purement académiques, au service des curieux, enseignants, étudiants, lecteurs en quête de livres‑ponts entre mémoire et savoir, entre récit et document.

c) Un calendrier lisible
En 2025, l’annonce des finalistes a eu lieu avant la remise à l’automne, une dotation, des catégories, un jury annoncés publiquement, donnant notamment aux œuvres plus de visibilité chez les auteurs et les éditeurs. Cette lisibilité augmentant l’attractivité du prix ainsi que la couverture par la presse culturelle qu’elle permet.

H2 — Œuvres et réceptions : ce que Le Prénom change dans la conversation française
a) Un livre de « réparation » plutôt que d’ascension triomphale.

Le Prénom évite l’épopée individuelle.L’écrivain évoque la nécessité de réparer, lorsque l’on parle d’histoires abîmées, de retisser le lien à la France, de rétablir des promesses égalitaires. Tout cela en faisant une large place à l’école, aux enseignants rencontrés, aux concours. Cette politique discrète – sérieuse, qui n’est pas celle de la facilité et des passeurs – lui confère une fonction de boîte à outils pour qui enseigne, encadre, forme.


b) Exemples concrets : des scènes qui restent
Un professeur qui souligne qu’un concours est « peut-être trop ambitieux », mais qui insiste pour que l’élève y participe « pour voir » ; un oral où le caractère kabyle de l’accent s’affirme mais n’empêche pas la clarté ; un directeur de mémoire qui accompagne le projet mais sans agir en dominateur. Autant de tableaux fixant la réflexion sur l’intégration dans du identifiable, bien loin des débats abstraits.(Points reconstitués à partir des présentations publiques de l’ouvrage.)

c) Une influence au-delà des cercles universitaires
La réception médiatique – captations, entretiens, débats – montre que le livre a trouvé un passage vers un public mixte : étudiants, enseignants, lecteurs de non‑fiction – y compris lycéens lors de rencontres en bibliothèque. L’auteur, pédagogue, argumente longuement, s’autorise la précision technique et l’évocation autobiographique, dans un registre accessible.

H2 — Les autres distinctions littéraires de la Grande Mosquée de Paris
a) Quatre niveaux de reconnaissance

Le prix se décline en Meilleur roman, Meilleur essai, Mention spéciale du jury et Grand Prix du jury (souvent attribué à une œuvre d’ensemble).Pour l’édition 2026, il est raisonnable d’anticiper une lecture des livres en finale avortée au printemps 2026, pour éditeurs et auteurs. Ceci permettrait une publication des livres en lice en août 2025, en tenant compte du moment de lecture effectué. La publication des livres prêts à temps pour ce concours dépend généralement de leur auteur :

b) L’éditeur, son livre et l’écrivain
Au printemps 2025, les premières tirages circuleront, avant le vote final qui interviendrait à l’été 2026. Pour avoir l’éditeur quiaura pu avoir le livre « prêt » à sa sortie, il faut que son auteur s’y mette au plus tard :

c) S’entendre avec l’auteur
La tâche du candidat est donc d’avoir, en particulier : optimales révisions et relances, minimales corrections de texte – selon date de lecture qui va être concomitante à celle d’acheminement en avant dans la parisienne et à la détresse du livre présenté. Les ordinateurs revêtent un rôle décisif dans une telle entreprise.

À la date du 18 février 2026, aucune information officielle n’a été publiée sur le site de la Grande Mosquée de Paris concernant la date précise de la remise 2026. Il est cependant possible de poser un rendez-vous pour l’automne 2026, en l’imaginant, au moins, à la fermeture électorale des éditions précédentes (remises fin septembre 2024 ; mi‑octobre 2025), ou à la rentrée (situation courante de la vie éditoriale française), en s’inscrivant prudemment dans le cadre des calendriers précédents (2024 et 2025).

b) Qui sont les favoris ?
Espérons qu’un favori officiel ait été rendu public à ce stade : en 2025, la liste des finalistes n’a été communiquée que début septembre, quelques semaines avant la remise. Il est légitime d’en attendre un calendrier analogue en 2026 : finalistes à la rentrée, palmarès à l’automne.Tout pronostic au-delà serait un commentaire spéculatif, que les organisateurs récusent.

c) Ce qu’il faudra suivre
Trois repères utiles :
La fenêtre d’éligibilité (dates de parution en version française) ; 2) La composition du jury (reconduction, nouveaux membres) ; 3) Le partenariat médias et la couverture des festivals d’idées de l’automne où se déroulent souvent des rencontres avec les auteurs présélectionnés. Ces trois éléments, essentiels pour sentir le « moment 2026 », se rendent progressivement lisibles, au fil du déploiement de la rentrée littéraire.

H2 — Conclusion : un prénom, une place, un horizon
Le Prix littéraire 2025 de la Grande Mosquée de Paris n’a pas seulement consacré un livre : il a donné consistance à une méthode. Celle d’El Mouhoub Mouhoud consiste à articuler la famille archive (les prénoms, la mémoire), la famille archive (l’archive des institutions (l’école, l’université) et famille des idées (la mondialisation, les migrations). C’est ainsi qu’une éthique de la nuance se dessine, comprendre à voix haute, l’anti-simplisme et la fidélité au détail. C’est pourquoi le Prénom émeut et instruise, il ne veut pas clore la discussion, il l’ouvre, patiemment, pour montrer comment s’opèrent des réussites simplement silencieuses de reconfiguration d’une société en capacité d’être plus juste.
Au-delà de l’auteur, le palmarès 2025 compose une polyphonie : la fuite (Azell), la tradition (Mayeur‑Jaouen), la relation (Meddeb), la filiation (Mouhoud). C’est à l’ensemble que s’allie cette cartographie — celle de « vivre ensemble » proclamé mais de vivre complexe assumé. L’édition 2026 continuera de mener ce travail, probablement à l’automne, avec les nouveaux livres‑ponts, ses nouvelles voix et le pari retenu sur l’intelligence culturelle de ses lecteurs.