Il fut l’un des visages emblématiques du ski français. Vice-champion olympique de géant aux Jeux de Turin en 2006, Joël Chenal incarnait la réussite du sport alpin tricolore. Aujourd’hui, à 51 ans, l’ancien skieur est au cœur d’un scandale retentissant. Il est accusé de harcèlement sexuel sur mineures et visé par une enquête judiciaire pour agression sexuelle et viol. Ses propres aveux, publiés cet été, jettent une lumière crue sur un système qui, trop longtemps, a fermé les yeux.
Des accusations en série
L’affaire éclate en juillet 2025, lorsque Le Monde révèle les témoignages de plusieurs jeunes femmes affirmant avoir été victimes de l’ancien géantiste. Très vite, le nombre explose : au moins douze victimes identifiées, toutes mineures au moment des faits, certaines âgées de seulement 11 ans. Les accusations décrivent un même scénario : des messages et photos à caractère sexuel, parfois explicites, envoyés via téléphone ou réseaux sociaux, profitant du lien de confiance instauré dans un cadre sportif.
Ces comportements se seraient étalés sur plus de quinze ans, entre 2005 et 2021. Pour l’une des plaignantes, ce sont des « années de malaise et de honte » qui ont ressurgi avec la vague de libération de la parole. D’autres disent s’être senties « manipulées » par une figure respectée du ski français.
Une enquête judiciaire en cours
Face à l’ampleur des témoignages, le parquet d’Albertville (Savoie) a ouvert une enquête pour agression sexuelle et viol sur mineure. Plusieurs plaintes ont été déposées, et les victimes sont désormais entendues par les enquêteurs.
Pour l’heure, Joël Chenal n’a pas encore été entendu formellement, mais cela ne saurait tarder. Le parquet a confirmé que l’instruction pourrait durer plusieurs mois, tant les faits remontent loin et impliquent de nombreuses plaignantes.
Les aveux d’un ancien champion
Dans une interview donnée au Dauphiné Libéré en août 2025, l’ancien médaillé olympique reconnaît des actes « impardonnables » :
« Ce que j’ai fait est délirant. À chaque fois, je savais que je faisais du mal. Mais je replongeais dans mes travers. »
S’il assume une part de responsabilité, Chenal n’a pas détaillé l’ampleur des faits. Ses déclarations ressemblent davantage à un début de reconnaissance qu’à de véritables excuses aux victimes. L’ancien entraîneur de l’équipe de France féminine de ski (2013-2017) admet publiquement ce que la justice va désormais devoir qualifier.
Des signaux ignorés depuis 20 ans
L’affaire choque d’autant plus qu’elle révèle des failles institutionnelles. Joël Chenal avait déjà fait l’objet de deux procédures judiciaires avant ce scandale :
- en 2009, une première enquête avait été ouverte puis classée sans suite ;
- en 2016, une autre affaire s’était conclue par un simple rappel à la loi.
Ces épisodes, passés sous silence, n’avaient pas empêché Chenal de poursuivre sa carrière d’entraîneur, jusqu’à diriger les plus grandes athlètes françaises. Pour beaucoup, ces « signaux d’alerte » auraient dû déclencher des mesures plus fermes.
Le monde du ski sous le choc
Les révélations de l’été 2025 ont agi comme un électrochoc. La Fédération française de ski (FFS) a réagi en urgence : retrait de la licence de Chenal et ouverture d’une procédure disciplinaire interne. Le ministère des Sports a, de son côté, décidé de lui interdire tout contact avec des jeunes sportifs à partir du 31 juillet 2025.
Ces mesures, qualifiées de « conservatoires », visent à empêcher l’ancien entraîneur d’exercer dans le sport, mais elles soulèvent une question : pourquoi avoir attendu aussi longtemps alors que des rumeurs circulaient déjà dans le milieu ?
Les victimes enfin entendues
Pour les jeunes femmes impliquées, l’ouverture de l’enquête est une première étape vers la reconnaissance de leur souffrance. Certaines racontent avoir été ignorées ou dissuadées de parler à l’époque.
Le silence du milieu sportif, souvent accusé de protéger ses champions au détriment des victimes, est une nouvelle fois pointé du doigt.
Une chute brutale pour l’ancienne gloire française
En l’espace de quelques semaines, Joël Chenal est passé du statut de figure respectée du ski français à celui de paria. Son palmarès – vice-champion olympique en 2006, entraîneur de haut niveau – ne pèse plus rien face aux accusations. Le contraste est saisissant entre l’image du sportif discipliné et la réalité décrite par les victimes.
Son cas pose également une question de fond : comment un athlète auréolé de gloire a-t-il pu, pendant des années, multiplier des comportements prédateurs sans être véritablement inquiété ?
Que risque-t-il maintenant ?
L’avenir judiciaire de Joël Chenal se jouera dans les prochains mois. L’enquête du parquet d’Albertville doit établir la qualification exacte des faits – harcèlement, agression sexuelle, voire viol sur mineure – et déterminer s’ils sont prescrits ou non. Certaines victimes étaient très jeunes, ce qui pourrait prolonger les délais de prescription.
Quoi qu’il en soit, l’affaire marque un tournant pour le ski français. Elle pourrait pousser la fédération et le ministère à revoir leurs procédures de contrôle et de signalement, dans un contexte où les affaires d’abus dans le sport se multiplient.





