L’affaire a éclaté comme un coup de tonnerre dans le ciel déjà orageux des médias américains. Jimmy Kimmel, figure incontournable du late-night, a été suspendu « pour une durée indéterminée » par la chaîne ABC. Officiellement, ce sont ses propos sur le meurtre de l’influenceur pro-Trump Charlie Kirk qui lui ont valu cette mise à l’écart. Mais derrière cette sanction, se joue une bataille autrement plus vaste. Celle de la liberté de ton des humoristes face à une présidence Trump de retour et déterminée à en découdre avec les médias.
Ce qu’il a dit… et qui a fait basculer sa carrière
Le 15 septembre 2025, en ouverture de Jimmy Kimmel Live, l’animateur n’a pas mâché ses mots en évoquant le meurtre de Charlie Kirk. Le jeune influenceur, connu pour être un porte-voix de la jeunesse trumpiste, avait été tué d’une balle dans le cou quelques jours plus tôt. Très vite, la droite américaine a pointé du doigt la « gauche radicale », Donald Trump en tête, accusant celle-ci d’avoir armé idéologiquement le suspect, Tyler Robinson.
Kimmel, lui, a pris le contrepied. Avec son ton habituel, à la frontière entre ironie et indignation, il a lancé :
« Nous avons atteint de nouveaux sommets ce week-end, avec la clique MAGA qui s’efforce désespérément de présenter ce jeune qui a assassiné Charlie Kirk comme quelqu’un d’autre qu’un des leurs, et qui fait tout son possible pour en tirer un avantage politique. »
Ces mots, lourds de sous-entendus, accusaient directement le camp républicain de manipuler la mort de Kirk pour marquer des points. Pour ses fans, c’était du Kimmel pur jus. Une punchline au vitriol contre la machine trumpiste. Pour ses détracteurs, au contraire, il franchissait une ligne rouge, accusant des millions d’électeurs de cynisme et d’hypocrisie sur le cadavre d’un des leurs.
Un terrain explosif : l’affaire Tyler Robinson
Derrière la polémique se cache un dossier inflammable. Tyler Robinson, 22 ans, le suspect du meurtre, vient d’une famille républicaine. Il avait pourtant, selon des proches, exprimé son rejet des discours de haine véhiculés par Charlie Kirk. Les munitions retrouvées sur lui portaient même des inscriptions à tonalité antifasciste. Autant dire que le profil brouille les lignes.
La droite a immédiatement voulu en faire un symbole de « la violence de la gauche ». La gauche, elle, parle plutôt d’un jeune perdu, abîmé par un climat politique délétère. Dans ce contexte, la phrase de Kimmel a été vécue par les partisans de Trump comme une attaque directe contre leur camp, un amalgame jugé insupportable.
La réaction en chaîne : Trump jubile, ABC plie
Dès le lendemain, la machine s’est emballée. Trump, sur Truth Social, a salué une « excellente nouvelle pour l’Amérique ». Plus encore, il s’est félicité qu’ABC ait enfin eu le courage de faire ce qui devait être fait. Et comme souvent, il n’a pas résisté à l’envie d’élargir le tir, réclamant que d’autres humoristes (Jimmy Fallon, Seth Meyers) soient eux aussi privés d’antenne.
Brendan Carr, patron de la FCC et proche du président, a mis de l’huile sur le feu en dénonçant le comportement de Kimmel. Il a même menacé les chaînes qui continueraient à le diffuser de sanctions administratives. La régulation des médias est utilisée comme arme politique.
Face à cette pression, Nexstar, grand groupe propriétaire de nombreuses antennes affiliées à ABC, a coupé la diffusion de l’émission. En clair, même si ABC n’avait pas suspendu Kimmel, son programme aurait disparu d’une bonne partie du territoire.
Et maintenant, quelle suite pour Kimmel ?
Que va devenir Jimmy Kimmel ? À 57 ans, il reste une figure majeure de la télévision. Quatre fois maître de cérémonie des Oscars, présentateur adulé par un public fidèle, il n’est pas homme à disparaître discrètement. Mais ses options se réduisent.
ABC a annoncé une suspension indéterminée, ce qui ressemble fort à une mise au placard sans date de retour. Dans le climat actuel, difficile d’imaginer une reprise rapide tant que Trump maintient sa pression.
Deux scénarios se dessinent. Kimmel tente un retour par la petite porte, avec un format plus neutre, édulcoré. Mais ce serait renier ce qui a fait sa marque de fabrique, à savoir un humour corrosif, souvent engagé. Deuxième scénario, il bascule vers les plateformes de streaming ou le podcast, espaces plus libres où la censure présidentielle a moins de prise. Et vu son nom, il aurait sans doute peu de mal à trouver un public prêt à le suivre.
Une partie du milieu du cinéma et des créateurs télé a déjà exprimé son soutien à Kimmel. Gavin Newsom, gouverneur de Californie, a fustigé une coordination dangereuse de la droite pour museler les voix critiques. Ce réseau d’alliés pourrait lui offrir de nouveaux débouchés, peut-être même un projet indépendant.
Un climat de chasse aux sorcières ?
Le cas Kimmel n’est pas isolé. Quelques mois plus tôt, Stephen Colbert avait vu son Late Show condamné à disparaître en 2026, trois jours seulement après avoir critiqué un accord financier entre CBS et Donald Trump.
La répétition de ces affaires fait craindre une dérive inquiétante. L’humour politique, qui a longtemps été une respiration démocratique aux États-Unis, devient une cible à abattre.





