Hiroshima : des adolescents racontent l’horreur de la bombe atomique avec leurs pinceaux

la Rédaction

“Je ne peux plus rester simple spectatrice.” Ces mots sont ceux de Hana Takasago, 17 ans, élève au lycée Motomachi à Hiroshima.

En août prochain, cela fera 80 ans que la première bombe atomique a rasé Hiroshima, tuant environ 140 000 personnes. Parmi les survivants, Masaki Hironaka, aujourd’hui octogénaire, avait alors 5 ans. Son père est rentré du blast avec des éclats de verre plantés dans la chair. Il est mort peu après, laissant Hironaka seul avec sa mère et sa petite sœur, errant dans un décor de fin du monde.

De la mémoire à la toile

Depuis près de 20 ans, le lycée Motomachi confie une mission poignante à ses élèves en art. Celle de rencontrer des hibakusha (survivants de la bombe) et transformer leurs témoignages en peintures.

Cette année, 15 nouvelles œuvres ont été présentées avant l’anniversaire du bombardement, illustrant la douleur brute de l’époque. Des soldats calcinés, fillettes tétanisées par l’enfer de flammes… Rien n’est édulcoré.

“C’est authentique, très bien dessiné”, a confirmé Hironaka, ému devant la toile qui le représente, petit garçon, tenant la main de sa mère au milieu des ruines encore fumantes le 10 août 1945. À cet instant précis, il s’était juré de la protéger.

L’art comme relais d’une mémoire bientôt orpheline

Les artistes de Motomachi sont accompagnés de A à Z. Ils revoient régulièrement leurs travaux avec les survivants, qui n’hésitent pas à demander des corrections. Comme Hironaka, qui a exigé que la posture de sa mère exprime mieux son “combat intérieur”.

“J’ai dû refaire le dessin. Je la faisais regarder devant elle, mais ça ne montrait pas assez ses peurs à ce moment-là.” – Hana Takasago, 17 ans

Un autre élève, Yumeko Onoue (16 ans), a dû retoucher des citrouilles recouvertes de pluie noire radioactive, les feuilles trop vivantes ne correspondant pas aux souvenirs de mort lente d’Hironaka.

La dernière génération à écouter

Aujourd’hui, il reste moins de 100 000 hibakusha, âge moyen, 86 ans. Ces lycéens sont donc la dernière génération à pouvoir entendre ces récits en direct.

Quand ces survivants auront disparu, il ne restera que des livres et des chiffres froids. Ces peintures, elles, transmettent des émotions brutes, un choc visuel que n’offre aucune photo d’archive en noir et blanc.

Et surtout, elles rappellent que derrière chaque drame historique se cachent des enfants, des victimes innocentes.