Georges Mathieu s’expose à la Monnaie de Paris : l’abstraction lyrique reprend la lumière jusqu’au 7 septembre

la Rédaction

Longtemps mis de côté, Georges Mathieu (1921-2012) signe un retour en force avec une expo d’envergure à la Monnaie de Paris. Une vraie réhabilitation pour ce géant de l’abstraction lyrique, co-organisée avec le Centre Pompidou. À voir jusqu’au 7 septembre, entre deux verres de rosé ou un retour de plage.

Le peintre flamboyant qu’on avait (presque) oublié

Si le nom de Georges Mathieu ne vous dit pas grand-chose, son travail, lui, vous est sûrement familier. La vieille pièce de 10 francs ? C’était lui. Le logo d’Antenne 2 ? Encore lui. Les timbres, les bons du Trésor, des affiches Air France, et même la vaisselle de l’Élysée ? Toujours lui. Cet autodidacte survolté a tout simplement marqué les années 60 et 70. Puis, comme souvent, silence radio. Jusqu’à aujourd’hui.

Une expo à la hauteur de sa démesure

L’expo « Geste, vitesse, mouvement » revient sur l’extravagance, la fougue et la vision unique de l’artiste. Parmi les pièces phares, trois toiles monumentales des années 1950 ouvrent le bal : La Bataille de Bouvines, La Victoire de Denain et Les Capétiens partout ! — du grand spectacle à coups de projections et de peinture jaillissante. Une peinture d’histoire revue à la sauce rock’n’roll.

La période dite « des Limbes » est aussi à l’honneur, avec une forte influence du peintre Wols : tâches, coulées, gestes bruts. Mathieu invente une écriture picturale sauvage et instinctive, et continue de puiser dans le Moyen Âge français pour nourrir ses titres et thèmes.

Dandy monarchiste et pionnier de la performance

Extravagant, visionnaire, contradictoire : Mathieu était monarchiste tout en étant avant-gardiste, féru de spectacle mais d’une rigueur extrême. Certains le comparent à Salvador Dalí, moustache comprise. Il a été l’un des premiers artistes français à pratiquer la performance picturale en public, avec caméras et public conquis. 

Même aux États-Unis, il avait réussi à briller, à faire le pont entre la scène américaine et française. Mais leur désamour soudain lui laissa un goût amer.

Et calligraphe, en plus

Côté plume, l’homme n’était pas en reste : ses manuscrits exposés témoignent d’un style calligraphique digne d’un dessin. André Malraux lui-même le surnommait « le premier calligraphe occidental ». 

Son esthétique se tourne ensuite vers des formes géométriques, en phase avec les Trente Glorieuses et les mutations technologiques de l’époque. La pièce de 10 francs, c’était aussi ça, une vision du progrès, signée Mathieu.