Festival de BD d’Angoulême 2026 : plainte pour viol boycott, tensions, l’édition peut-elle vraiment avoir lieu ?

AM.wiss

Le célèbre festival de bande dessinée traverse une zone de turbulences rarement vue. Entre appel au boycott d’auteurs, critiques sur sa gouvernance et une plainte pour viol qui continue de jeter une ombre, l’édition 2026, prévue fin janvier, semble menacée. Les organisateurs doivent proposer un nouveau modèle d’ici le 20 novembre, mais rien n’est simple.

Un rendez-vous prestigieux en pleine crise

À Angoulême, l’atmosphère n’a plus grand-chose du cadre décontracté habituel des bulles, dédicaces et stands colorés. Depuis plusieurs mois, le Festival international de la bande dessinée, institution culturelle incontournable depuis plus de cinquante ans, fait face à une contestation profonde. Au cœur du débat se trouve son mode d’organisation, confié depuis 2007 à la société privée 9eArt+, dirigée par Franck Bondoux.

Officiellement, l’association propriétaire du festival souhaite désormais associer 9eArt+ à la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image (CIBDI) pour une gouvernance plus transparente. Les deux entités doivent présenter un projet commun avant le 20 novembre. L’objectif affiché est simple : rassurer le secteur et les financeurs publics. Dans les faits, le malaise persiste.

Un appel au boycott qui prend de l’ampleur

Pour de nombreux auteurs et autrices, ce rapprochement ne ressemble pas à une réforme, mais à une reconduction déguisée de l’équipe en place. Le Syndicat national des auteurs et compositeurs (Snac) et le collectif STAA CNT-SO l’ont clairement exprimé : sauf changement réel, ils n’iront pas à l’édition 2026.

La pétition « Désertons le FIBD d’Angoulême » dépasse déjà les 2 000 signatures. Parmi les signataires, des noms majeurs de la scène BD : Anouk Ricard, Grand Prix 2025, Art Spiegelman, Posy Simmonds, Blutch, Lewis Trondheim. Des artistes qui habituellement attirent presse et public. Autrement dit, si eux désertent, l’événement perd une part de son cœur.

L’ambiance oscille entre lassitude, colère et sentiment d’être peu écouté. Beaucoup dénoncent un système « verrouillé », où les décisions se prennent loin des auteurs, pourtant premiers concernés.

Une affaire judiciaire qui aggrave la situation

La tension a été renforcée par une affaire révélée début 2025. Une salariée a porté plainte pour un viol survenu en marge du festival. Peu après, elle a été licenciée pour « faute grave » par 9eArt+. L’entreprise évoque un comportement nuisant à son image. La jeune femme conteste et a saisi les prud’hommes. Une information judiciaire est en cours.

Cette affaire a fait basculer la discussion de la gestion contestée à une véritable crise de confiance. Le ministère de la Culture s’est même inquiété publiquement de « dysfonctionnements ».

Dans un climat aussi chargé, difficile de rassembler sous une bannière commune.

Un calendrier serré et des incertitudes

Le président de la CIBDI, Patrick Mardikian, a jugé le délai du 20 novembre « pas tenable ». Les financeurs publics demandent que « s’écrive une nouvelle page ». Franck Bondoux répète qu’il ne restera pas au-delà de 2028 et que sa fille ne le remplacera pas. Malgré ces déclarations, la suspicion persiste.

À Angoulême, beaucoup parlent désormais d’une édition 2026 « en pointillés ». Le festival a déjà connu des polémiques, jamais une remise en question aussi profonde.

Une chose est sûre : le monde de la BD, souvent perçu comme chaleureux et un peu bohème, montre aujourd’hui son sérieux, ses tensions internes, ses lignes de fracture. Et l’avenir du plus grand festival du genre en Europe se joue dans les semaines à venir.

La BD aime les rebondissements. Celui-ci est de taille.