Et maintenant on va où ? : décryptage de la fin du film qui secoue les consciences

AM.wiss

Sorti en 2011, Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki reste un film qui continue de susciter l’attention, bien au‑delà de sa première diffusion. Sa fin, à la fois politique et poétique, laisse un public bouleversé, partagé entre émotions brutes et questionnements durables.

Retour sur un film profondément humain

Quand on prononce le titre Et maintenant on va où ?, difficile de ne pas ressentir un léger frisson d’interrogation. Le film raconte l’histoire d’un petit village libanais coincé entre des lignes imaginaires, mais dramatiquement réelles : celles de communautés religieuses en conflit.

On suit des femmes fatiguées de voir leurs proches sombrer dans la violence, décidées à trouver une échappatoire au cycle de haine et de vengeance. C’est une comédie dramatique, mais pas du genre léger ; plutôt une fable sociale qui navigue entre l’ironie et le tragique.

Une fin qui résonne bien après le générique

La scène finale ne conclut pas une simple intrigue, elle ouvre une question presque universelle. Après des tentatives parfois absurdes pour détourner les hommes de la guerre, le film se termine sur un enterrement. Rien de spectaculaire à première vue, mais la manière dont cette séquence est filmée en dit bien plus que des mots.

Les femmes du village, musulmanes et chrétiennes, marchent en cortège vers le cimetière. Elles portent leur deuil, ensemble. Et pourtant, au seuil de la tombe, le groupe se scinde en deux : d’un côté les femmes de foi musulmane, de l’autre celles de foi chrétienne.

Ce moment, chargé de silence et de tension, est le cœur du film. C’est là que le titre prend toute sa force : « Et maintenant… on va où ? » Cette question, posée sur un fond de souffrance communautaire, ne trouve pas de réponse claire. Elle est laissée en suspens, comme un miroir tendu au spectateur.

Une fin ouverte, volontairement inconfortable

Ce n’est pas une fin « heureuse » au sens traditionnel, ni une fin « tragique » sans nuances. C’est une fin qui questionne, qui titille l’esprit et qui, surtout, refuse de trancher pour nous. Elle nous met face à notre propre impuissance face aux divisions humaines.

Certains critiques y ont vu une porte entrouverte vers un possible apaisement, d’autres une douloureuse reconnaissance des limites du dialogue. Ce flou n’est pas une faiblesse narrative, mais une stratégie. Nadine Labaki, en réalisatrice engagée, préfère poser un questionnement existentiellement collectif plutôt qu’un dénouement facile.