En même temps (2022) : fin expliquée de la comédie folle avec Jonathan Cohen

AM.wiss

Le film “En même temps”, signé par le duo Gustave Kervern et Benoît Delépine, mélange satire politique, humour absurde et critique sociale. Mais derrière son pitch délirant de deux élus collés l’un à l’autre, la fin du film livre un message plus subtil qu’il n’y paraît. Retour sur une conclusion surprenante, qui divise autant qu’elle intrigue.

Un duo collé de force, symbole d’un pays ingérable

Le point de départ du film est déjà une carte postale de l’absurde à la française, version Groland. D’un côté, un maire de droite un peu magouilleur, prêt à sacrifier une forêt primaire pour un projet de parc de loisirs. De l’autre, un élu écologiste idéaliste, pas toujours très cohérent, mais animé de bonnes intentions. Les deux hommes n’ont rien en commun, si ce n’est leur capacité à se marcher dessus verbalement.

Lorsque des activistes féministes interviennent et les collent… littéralement dos à dos, leur nuit se transforme en parcours initiatique involontaire, quelque part entre buddy movie, militantisme bricolé et cirque politique. Et c’est là que “En même temps” trouve sa force, dans ce chaos organisé où chaque scène semble prête à s’effondrer sous son propre poids comique.

Une dernière ligne droite qui change le ton

Dans la dernière partie du film, l’humour un peu potache laisse place à quelque chose de plus doux-amer. Toujours collés, toujours en désaccord, les deux maires finissent par se retrouver dans des discussions beaucoup plus personnelles. Petit à petit, ils lâchent leurs slogans et leurs réflexes politiques pour aborder ce qu’ils sont vraiment.

On comprend alors que leur mésaventure fait office de miroir, obligé mais efficace. Leur dépendance mutuelle les pousse à s’écouter, un concept étrangement révolutionnaire dans le paysage politique actuel. On ne bascule jamais dans le feel good pur, mais il y a un vrai glissement vers l’humain, parfois même touchant.

La fin expliquée : pas de miracle, mais un message limpide

La conclusion d’“En même temps” étonne parce qu’elle n’offre pas de solution facile. Les deux hommes finissent par se “décoller”, au sens propre comme au figuré, mais rien n’est vraiment réglé. La forêt reste menacée, les magouilles demeurent, et leurs idéologies opposées ne se dissolvent pas dans un câlin final.

Ce que montre la fin, c’est surtout la faillite du clivage gauche-droite. Ou plutôt sa vacuité quand il n’est utilisé que comme posture. Les réalisateurs rappellent que tant qu’on reste campé sur des slogans, rien ne bouge. Mais dès qu’on se retrouve forcé de vivre, littéralement, avec l’opposé… on commence enfin à parler vrai.

Le dernier plan, volontairement banal, souligne cette idée : la vie reprend, mais quelque chose s’est déplacé. Une micro-mutation chez chacun, pas spectaculaire mais réelle. Le film ne nous dit pas “ils ont changé”, il nous dit “ils ont commencé à changer”. Et au fond, c’est peut-être plus crédible.

Pourquoi cette fin divise autant ?

Beaucoup de spectateurs attendaient une conclusion plus spectaculaire ou plus mordante. Kervern et Delépine préfèrent un final plus doux, moins “coup de poing”, plus résigné aussi. Leur cinéma n’a jamais eu vocation à réconcilier qui que ce soit, mais plutôt à pointer du doigt les absurdités collectives.

Cette fin fonctionne comme un clin d’œil politique : en 2022, le pays est polarisé, mais le film rappelle que même les opposés les plus caricaturaux peuvent finir par dialoguer… quand ils n’ont pas le choix. Pas une morale, plutôt une observation.

Verdict : une conclusion imparfaite, mais cohérente

“En même temps” ne révolutionne pas le cinéma politique, mais il continue de creuser l’esthétique décalée de Kervern et Delépine. 

La fin, subtile derrière son vernis absurde, propose un message simple : sans dialogue, rien n’avance, même pas une comédie. Et c’est peut-être ça, la vraie satire.