Djamel Mazi revisite la dalle d’Argenteuil : « On n’est pas des racailles », ce soir sur France 5

AM.wiss

Vingt ans après la phrase choc de Nicolas Sarkozy sur la dalle d’Argenteuil, le journaliste Djamel Mazi revient sur ses pas avec un documentaire intime et puissant. Son film « On n’est pas des racailles », diffusé ce 23 novembre sur France 5, explore la mémoire collective et personnelle d’un quartier stigmatisé.

Le poids des mots : un slogan qui a marqué une génération

Le 25 octobre 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, prononce une phrase devenue tristement célèbre : « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? On va vous en débarrasser. »

À ce moment-là, Djamel Mazi, jeune de 19 ans, se trouve aux premières loges. Choqué, il l’interpelle : « Vous ne pensez pas nous mettre tous dans le même sac ? »

Cet instant politique, lourd de stigmatisation, n’a jamais quitté sa mémoire, et il décide aujourd’hui d’en faire un film, plus de deux décennies plus tard.

Filmer pour exister : des archives comme témoignage

Longtemps avant sa carrière de journaliste, Djamel Mazi avait déjà la caméra en main. Dès 2001, il filme son quotidien sur la dalle d’Argenteuil. Ses amis, leurs rêves, leurs matchs de foot, leurs freestyles…

Ces images en DV, tournées à l’époque des téléphones sans écrans — ou presque — deviennent le cœur de son documentaire.

Vingt ans plus tard, il les ressort pour revisiter son passé et interroger ceux qui l’ont partagé avec lui : Abdellah, Rafik, Toufik, Hakim…

Retour à la dalle : que reste-t-il des années 2000 ?

Le film pose une question simple mais puissante. Qu’est-ce qui a changé en vingt ans sur cette dalle d’Argenteuil, symbole des « quartiers sensibles » aux yeux des médias ?

Djamel retrouve ses amis d’enfance et découvre un quartier transformé. Des immeubles détruits, des commerces fermés, mais toujours des visages familiers. Tous portent le poids des mots de Sarkozy. Pour Abdellah, c’était une « grosse insulte » ; pour Toufik, ce stigmate s’accompagne d’un engagement. Il a créé une salle de boxe sous la dalle, avec comme mantra le sport, le respect et la discipline.

Hakim, lui, est aujourd’hui médiateur à la mairie. Il tente de connecter sa jeunesse stigmatisée aux réalités actuelles des jeunes du quartier.

Une quête de dignité et de réparation

« On n’est pas des racailles » est plus qu’un documentaire : c’est un acte de réparation. Selon Djamel Mazi, qui signe le film avec Éric Kollek, il s’agit de « rétablir une mémoire, celle d’une jeunesse stigmatisée, mais pleine de talent et d’espérance. »

Ce retour aux sources illustre la puissance du récit personnel face aux discours politiques. Il montre comment les images d’archives peuvent éclairer la grande Histoire. Non, pas comme simples témoins, mais comme leviers d’une reconnaissance longtemps refusée.

La sensibilité et la lucidité de ce film en font un document essentiel pour repenser la façon dont la France perçoit ses banlieues.

Une projection bien symbolique

Pour l’avant-première, Djamel Mazi n’a pas choisi un cinéma. C’est dans un fast-food de la dalle d’Argenteuil qu’il a projeté son documentaire devant les habitants du Val‑d’Argent‑Nord.

Ce geste hyper symbolique rappelle que ce film ne parle pas de la banlieue, mais depuis la banlieue, et avec elle.

Le documentaire On n’est pas des racailles sera diffusé pour la première fois à la télé ce soir 23 novembre sur France 5.