Le cinéma français adore les histoires de Français qui partent à l’étranger et finissent par « sauver » les locaux. Et cette fois encore, Délocalisés ne déroge pas à la règle. Ce film, porté par les frères Bougheraba, raconte l’histoire d’un futur contremaître français qui suit la délocalisation de son usine en Inde. Une comédie qui aurait pu être drôle et engagée, mais qui tombe dans tous les travers habituels du genre.
Le même vieux schéma
Redouane, le héros, arrive à Calcutta avec sa compagne et découvre que tout ne se passe pas comme prévu. Il est payé en roupies et se retrouve en galère. Plutôt que de s’adapter, il décide de se venger en « apprenant » aux ouvriers indiens à faire grève et à réclamer des droits sociaux à la française.
Parce que, bien sûr, ces ouvriers n’auraient jamais pensé à revendiquer quoi que ce soit sans un Français pour leur ouvrir les yeux.
Encore une fois, le film présente l’expatrié occidental comme un héros indispensable, pendant que les personnages locaux sont réduits à des personnages de seconde zone, caricaturaux.
Un flot de stéréotypes
Le film accumule les clichés sur l’Inde. Entre les rues bondées montrées comme un chaos absolu, les accents forcés et les blagues douteuses sur la nourriture ou l’hygiène, Délocalisés ne fait aucun effort pour dépeindre la réalité locale de manière respectueuse. C’est une vision simpliste et rabaissante qui ne reflète pas la richesse et la complexité de la société indienne.
D’ailleurs, les travailleurs indiens dans le film semblent tous passifs, attendant presque un « messie » français pour leur apprendre à se battre pour leurs droits. Alors qu’en vérité, l’Inde a une longue histoire de luttes ouvrières et syndicales, souvent bien plus anciennes que celles de la France.
Une comédie qui rate son message
On aurait pu espérer une critique sociale fine sur la mondialisation, l’exploitation des ouvriers ou la délocalisation, mais le film préfère rester dans une approche clichée et facile. L’humour aurait pu être intelligent, il est souvent lourdingue. Le propos aurait pu être profond, il reste en surface.
Pire encore, sous couvert d’humour, le film donne une leçon au monde entier sur comment mener un combat social. Mais qui a besoin d’un Français en mission civilisatrice en 2025 ?
Encore un ratage pour le cinéma français
Délocalisés aurait pu être une bonne comédie engagée sur la mondialisation, mais il finit par reproduire les pires schémas du « sauveur blanc ».
À croire que le cinéma français n’a toujours pas compris que les peuples du monde n’ont pas besoin qu’on leur dise comment mener leurs combats.
Rien de nouveau sous le soleil, et surtout pas sous celui de Calcutta.





