Découvrez l’histoire du Dr Marcel Petiot, le médecin devenu l’un des tueurs en série les plus glaçants de l’Occupation

la Rédaction

Paris, mars 1944. Une fumée âcre s’échappe d’un hôtel particulier de la rue Le Sueur, dans le XVIᵉ arrondissement. Les pompiers, appelés pour un simple feu de cave, tombent sur une scène de cauchemar. Des cadavres en train de brûler, des valises abandonnées, des restes humains éparpillés. L’adresse appartient à un médecin bien connu du quartier, le Dr Marcel Petiot. Ce que la police vient de découvrir est le point de départ d’une des affaires criminelles les plus glauques de l’histoire française.

Un médecin aux zones d’ombre

Né en 1897 à Auxerre, Marcel André Henri Félix Petiot affiche dès sa jeunesse un profil trouble. Intelligent mais instable, il est diagnostiqué pour divers troubles psychologiques après plusieurs vols et actes de violence. 

Ancien soldat de la Première Guerre mondiale, il en sort décoré… mais marqué. Diplômé en médecine, il s’installe à Paris dans les années 1920, gagne en notoriété grâce à ses consultations et son allure de médecin attentionné. Mais en coulisses, il détourne de l’argent, prescrit de faux certificats et joue déjà avec les limites de la loi.

Le faux sauveur des persécutés

Avec l’Occupation allemande, Petiot se construit une façade de résistant. Il prétend pouvoir aider les Juifs, les réfractaires au STO ou les opposants politiques à fuir la France. Moyennant une forte somme (et en demandant aux « fugitifs » d’apporter leurs bagages et objets de valeur) il promet des exfiltrations vers l’Argentine via un mystérieux réseau baptisé Fly-Tox

En réalité, aucun voyage n’aura jamais lieu. Les victimes, reçues à la rue Le Sueur, ne ressortent jamais. Le médecin les tue, les dépouille et fait disparaître les corps, souvent en les brûlant ou en les dissolvant à la chaux vive.

La découverte de la cave de l’horreur

Le 11 mars 1944, la vérité éclate. Alertés par des voisins, les pompiers interviennent rue Le Sueur. En bas de la cave, ils trouvent un véritable charnier. Restes humains, cadavres incinérés, valises entassées. 

Le propriétaire, Marcel Petiot, s’est volatilisé. La police judiciaire, dirigée par le commissaire Georges Massu, l’As de la Crim’, prend l’affaire en main. Très vite, l’enquête révèle l’ampleur du scandale. Petiot est soupçonné d’avoir assassiné des dizaines de personnes sous couvert de résistance.

La cavale et la double vie

Pendant plusieurs mois, le médecin échappe aux recherches. Sous le nom de Capitaine Valéry, il s’infiltre même dans les Forces françaises de l’intérieur, participant à la Libération de Paris et brouillant ainsi les pistes. 

Cynique, il continue à nier, joue sur l’ambiguïté de l’époque, prétend avoir éliminé des traîtres ou des agents de la Gestapo. Mais les preuves matérielles, les témoignages et les objets retrouvés rue Le Sueur ne laissent aucun doute. Il s’agit bien d’un trafic sordide, motivé par l’argent.

Arrestation et procès

Le 31 octobre 1944, après huit mois de cavale, Petiot est finalement arrêté. Son procès s’ouvre le 18 mars 1946 devant les assises de la Seine. Le spectacle est à la hauteur du personnage. Arrogant, sûr de lui, il se présente comme un résistant incompris. 

Il revendique plus de soixante assassinats, mais tente de convaincre qu’il n’a tué que des ennemis de la France. La cour, elle, ne retient pas l’argument.

Au terme de six semaines d’audiences, il est reconnu coupable de 24 meurtres (sur 27 accusés). Le 4 avril 1946, le verdict tombe, il est condamné à la peine capitale.

La chute de « Docteur Satan »

Le 25 mai 1946, à l’aube, Marcel Petiot est conduit à la guillotine à la prison de la Santé. Fidèle à son cynisme, il lance avant de mourir : « Je suis un voyageur qui emporte ses bagages. » Quelques minutes plus tard, sa tête tombe. 

Avec lui disparaît l’une des figures les plus effrayantes de l’histoire criminelle française.

Héritage d’une affaire hors norme

Encore aujourd’hui, l’affaire Petiot fascine et terrifie. Était-il un fou, un manipulateur ou simplement un tueur cupide profitant du chaos de l’Occupation ? Les historiens s’accordent : sous ses airs de médecin patriote, il était surtout un prédateur redoutable, qui a profité du désespoir des plus vulnérables pour les assassiner.

Surnommé « Docteur Satan », il reste dans la mémoire collective comme l’un des symboles du crime organisé sous la Seconde Guerre mondiale, là où la frontière entre mensonge, collaboration et résistance pouvait se brouiller… jusqu’au cauchemar.