Sebastião Salgado, l’un des plus grands photographes documentaires du siècle dernier, est mort ce vendredi à l’âge de 81 ans, des suites d’une leucémie. La nouvelle a été confirmée par l’Institut Terra, l’organisation environnementale qu’il avait fondée avec sa femme, Lélia Wanick Salgado.
Un photographe qui racontait le monde avec l’âme
Salgado n’était pas simplement photographe. Il était conteur. Témoin. Passeur. Avec son appareil photo, il a arpenté plus de 130 pays pour capter l’humanité là où elle lutte, survit, résiste. Son œuvre se lit comme une fresque du réel, en noir et blanc, sans artifices.
Ses séries les plus connues (Workers (1993), Exodus (2000), Genesis (2013) ou Amazonia (2021)) sont autant de plongées dans des mondes souvent invisibles : les travailleurs de l’ombre, les populations déplacées, les territoires menacés, les peuples autochtones oubliés.
Chaque photo était une claque visuelle, mais surtout une prise de conscience. Salgado ne volait pas des images, il s’immergeait, il partageait, il respectait. Son noir et blanc, volontaire, permettait de se concentrer sur l’essentiel, les visages, les regards, les histoires.
Une leucémie aggravée par une ancienne malaria
Selon l’Institut Terra, Sebastião Salgado est décédé des suites d’une leucémie diagnostiquée il y a plusieurs années. Sa santé avait été fragilisée par une malaria contractée en Indonésie en 2010, alors qu’il couvrait une mission photographique. Cette maladie, jamais totalement résorbée, a affaibli son système immunitaire et rendu les traitements contre la leucémie plus complexes.
Il s’est éteint à Paris, entouré de sa famille, dans une discrétion fidèle à son caractère.
L’Institut Terra : l’autre grand projet de sa vie
On oublie trop souvent que Salgado n’a pas seulement photographié les désastres humains et écologiques — il a aussi agi pour les réparer. En 1998, bouleversé par la déforestation dans sa région natale du Brésil, il fonde avec son épouse l’Institut Terra, une ONG qui a depuis replanté plus de deux millions d’arbres dans l’État de Minas Gerais.
Ce projet est aujourd’hui un modèle international de reforestation et de régénération des écosystèmes. À travers lui, Salgado prouvait qu’un photographe pouvait aussi être un bâtisseur.
Un regard qui manquera au monde
Sebastião Salgado était souvent décrit comme « l’œil du monde ». Un œil sans cynisme, mais jamais naïf. Un regard lucide, engagé, profondément habité.
Ses photographies ont été exposées dans les plus grands musées de la planète, publiées dans des dizaines d’ouvrages, et récompensées par les prix les plus prestigieux (World Press Photo, prix Prince des Asturies, Médaille de l’UNESCO, etc.).
Mais au fond, son œuvre dépasse le cadre artistique. Elle est un appel à la décence, à la mémoire, à l’action.





