Condamné à sept ans de prison ferme pour « apologie du terrorisme », le journaliste français Christophe Gleizes a engagé plusieurs démarches pour contester sa condamnation en Algérie. Tandis qu’un pourvoi en cassation est en cours, sa mère a officiellement saisi le président Abdelmadjid Tebboune d’une demande de grâce.
Une condamnation confirmée en appel
La justice algérienne a confirmé début décembre 2025 la condamnation de Christophe Gleizes à sept ans de prison ferme. Le journaliste sportif français, collaborateur des magazines So Foot et Society, a été reconnu coupable d’« apologie du terrorisme » par la cour d’appel de Tizi-Ouzou.
Arrêté le 28 mai 2024, Christophe Gleizes se trouvait en Algérie pour réaliser un reportage consacré à la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), club de football emblématique basé à Tizi-Ouzou. L’enquête judiciaire a toutefois établi qu’il avait entretenu des contacts avec des personnes liées au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), organisation classée terroriste par les autorités algériennes.
Selon la justice, ces échanges constituent une infraction pénale au regard de la législation algérienne en matière de lutte contre le terrorisme.
Un pourvoi en cassation déposé par la défense
À la suite de la confirmation de sa peine, Christophe Gleizes a formé un pourvoi en cassation. Cette procédure vise à faire examiner la décision par la plus haute juridiction du pays, sans toutefois garantir un nouveau procès.
Ses avocats contestent notamment l’interprétation juridique des faits reprochés et estiment que le travail journalistique de leur client ne relevait pas d’une démarche militante. La Cour suprême algérienne devra se prononcer dans les prochains mois.
En attendant, le journaliste demeure incarcéré.
Une demande de grâce adressée au président Tebboune
En parallèle de la procédure judiciaire, une demande de grâce présidentielle a été transmise au président algérien Abdelmadjid Tebboune. Dans une lettre datée du 10 décembre, la mère du journaliste sollicite un geste de clémence, une démarche prévue par la Constitution algérienne.
La grâce présidentielle ne remet pas en cause la culpabilité établie par la justice, mais constitue une décision souveraine du chef de l’État, généralement accordée à l’occasion d’événements politiques ou symboliques.
Aucune réponse officielle n’a, à ce stade, été communiquée par la présidence algérienne.
Réactions et enjeux autour de la liberté de la presse
L’affaire Gleizes a suscité des réactions dans les milieux journalistiques et auprès d’organisations de défense de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières (RSF). L’ONG estime que la condamnation pose la question de l’exercice du journalisme dans certains contextes politiques sensibles.
Les autorités algériennes, de leur côté, rappellent que la lutte contre les mouvements séparatistes classés terroristes relève de la sécurité nationale et que la loi s’applique à tous, indépendamment du statut professionnel.
Un contexte diplomatique sensible
La première condamnation de Christophe Gleizes, prononcée en juin 2025, est intervenue dans un contexte de tensions diplomatiques marquées entre la France et l’Algérie. Depuis, les relations bilatérales ont connu un relatif apaisement, notamment après la grâce accordée à l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre.
Si Paris se dit attentif à la situation, l’affaire demeure avant tout traitée comme un dossier judiciaire relevant de la souveraineté algérienne.
