Ce que The Apprentice ne dit pas : jusqu’où le film colle-t-il au vrai Trump ?

la Rédaction

Avec The Apprentice, présenté comme un drame biographique, Ali Abbasi se penche sur une période souvent éclipsée de la vie de Donald Trump, bien avant la présidence, quand il n’était encore qu’un fils d’homme d’affaires new-yorkais ambitieux. Sorti en 2024 et coproduit par le Canada, les États-Unis, le Danemark et l’Irlande, le film de deux heures déroule une fresque sombre, presque shakespearienne, sur l’ascension d’un jeune homme qui allait devenir l’une des figures les plus polarisantes de notre époque.

Un Trump en apprentissage

Le film débute dans les années 70, dans l’univers feutré mais brutal de l’immobilier new-yorkais. On découvre Donald Trump (interprété par Sebastian Stan), encore maladroit et en quête de reconnaissance, sous l’aile pesante de son père Fred Trump. Rapidement, il croise la route de Roy Cohn (incarné par un Jeremy Strong glaçant), avocat sulfureux et stratège redouté, connu pour ses liens avec la mafia et son rôle dans le maccarthysme.

Cohn devient plus qu’un conseiller. Il est un véritable mentor. Il transmet à Trump une méthode simple et terrifiante, trois règles qui guident sa vie publique et privée. Attaquer en premier, ne jamais admettre ses erreurs et toujours revendiquer la victoire, même en cas d’échec. Ces “commandements” se gravent dans le personnage et le façonnent peu à peu.

La fin du film, symbole d’une mue

La dernière partie du film marque la rupture. Cohn, vieilli et fragilisé, se retrouve rejeté par celui qu’il a façonné. L’une des scènes les plus marquantes : Trump offre à son mentor un gâteau d’anniversaire en forme de drapeau américain, un geste à la fois ironique et cruel, qui illustre la distance qui s’est installée entre eux. Désormais, le protégé n’a plus besoin du maître.

Le film se clôt sur un Trump qui avance seul, prêt à marcher sur le monde, bardé de certitudes et libéré de toute attache morale. On comprend alors que l’homme politique et médiatique des décennies suivantes est déjà en germe.

Réalisme ou fiction ?

La grande question est évidemment celle de la fidélité historique. The Apprentice revendique une approche dramatique, pas un documentaire. Oui, Trump a bien eu Roy Cohn comme mentor et leur relation est largement attestée par les historiens. Oui, ces fameuses “trois règles” sont connues pour avoir influencé la manière dont Trump a mené affaires, campagnes et présidence.

En revanche, certains détails, comme le fameux gâteau final ou certaines conversations intimes, relèvent davantage de la licence artistique. Abbasi condense et accentue pour renforcer le propos. Ce n’est pas un procès-verbal, mais une reconstitution qui cherche à illustrer la mécanique psychologique derrière la transformation de Trump.

Un portrait qui dérange ?

Le réalisme du film réside moins dans les détails factuels que dans la justesse du climat. La mise en scène dépeint un monde corrompu, saturé de deals opaques, de mensonges assumés et de soif de pouvoir. Dans ce cadre, la trajectoire de Trump paraît non seulement crédible mais presque inévitable.

Le spectateur sort partagé, fasciné par l’efficacité narrative et les performances des acteurs, mais troublé par l’image d’un homme qui, sans jamais se remettre en question, finit par incarner l’Amérique de la démesure et du cynisme.

The Apprentice n’est pas un biopic “à la lettre”, mais une lecture dramatique d’un parcours réel. Ce qu’il perd en exactitude historique, il le gagne en puissance symbolique.

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