Béatrice Dalle n’a jamais fait dans le consensus mou. Dans une interview accordée à l’AFP, l’actrice prend publiquement la défense du réalisateur Jacques Doillon, accusé de viol par Judith Godrèche. Une sortie frontale qui secoue à nouveau le cinéma français et ravive les fractures autour du mouvement #MeToo.
Béatrice Dalle, une prise de parole sans filtre
Quand Béatrice Dalle parle, personne ne s’attend à un discours tiède. À l’affiche de la comédie « Laurent dans le vent », qui sort prochainement en salles, l’actrice a profité de la promo pour livrer un message clair. Jacques Doillon, accusé de viol par Judith Godrèche, est avant tout « son ami ». Et pour elle, ça change tout.
« Ça fait quarante ans que c’est mon ami, et les abominations qu’on dit sur lui, je n’y crois pas une seule seconde », affirme-t-elle sans détour. Une phrase choc, dans un climat où chaque prise de position est scrutée, disséquée, parfois clivée jusqu’à l’os.
L’affaire Jacques Doillon, rappel des faits
Pour comprendre l’onde de choc, retour rapide sur le dossier. En février 2024, Judith Godrèche dépose plainte contre Jacques Doillon pour « viol sur mineur de quinze ans par personne ayant autorité ». Elle l’accuse de l’avoir agressée sexuellement lors du tournage du film « La Fille de 15 ans », alors qu’elle était adolescente.
Les faits dénoncés sont aujourd’hui prescrits, ce qui empêche toute poursuite pénale. Jacques Doillon, de son côté, a toujours contesté les accusations. Il a même contre-attaqué en portant plainte pour diffamation, après une publication Instagram de l’actrice évoquant des réalisateurs « couchant avec des enfants ».
En septembre dernier, Judith Godrèche annonçait avoir reçu un avis préalable de mise en examen pour diffamation, une procédure automatique mais symboliquement lourde. Elle dénonçait alors une justice déséquilibrée, estimant que cela risquait de dissuader les victimes de parler.
« Tout le monde viole tout le monde » : des propos qui divisent
Mais ce sont surtout les propos de Béatrice Dalle sur #MeToo qui ont fait bondir. Interrogée sur l’évolution du cinéma à l’ère du mouvement, elle lâche une phrase qui a immédiatement enflammé les réseaux sociaux. « Tout le monde a violé tout le monde. »
L’actrice poursuit en parlant de son expérience personnelle. Quarante ans de carrière, dit-elle, sans jamais avoir été victime d’un manque de respect, que ce soit de la part d’un réalisateur, d’un acteur ou d’un technicien. Elle revendique une position individuelle, assumée, presque à contre-courant. « Je ne suis pas un chien, je ne crie pas avec la meute », conclut-elle.
Un discours qui, pour certains, relève de la liberté de pensée. Pour d’autres, il minimise des accusations graves et fragilise la parole des victimes.
Un cinéma français toujours sous tension
Cette prise de position remet en lumière une réalité persistante. Le cinéma français reste profondément divisé sur #MeToo. D’un côté, des voix qui saluent la libération de la parole. De l’autre, des figures historiques qui dénoncent une forme de tribunal médiatique permanent.
Le cas Béatrice Dalle illustre parfaitement ce clash générationnel et idéologique. Une parole brute, assumée, parfois maladroite, mais fidèle à son image d’actrice indomptable. Une parole qui, qu’on l’approuve ou non, continue de faire parler. Et beaucoup.
Une polémique loin d’être terminée
Une chose est sûre, cette affaire ne s’éteindra pas de sitôt. Entre justice, mémoire, militantisme et amitiés personnelles, le cinéma français avance sur une ligne de crête. Et chaque déclaration, comme celle de Béatrice Dalle, rappelle à quel point le débat reste brûlant.
