C’est officiel, ou plutôt assumé par l’artiste lui-même, Bad Bunny n’inclura plus les États-Unis dans sa nouvelle tournée mondiale. Une décision qui, avouons-le, en a surpris plus d’un, tant le chanteur portoricain est devenu une figure planétaire, capable de remplir en deux jours des stades comme le Yankee Stadium ou le Sofi Stadium de Los Angeles. Alors pourquoi tourner le dos à un marché qui représente quand même le cœur de l’industrie musicale mondiale ? La réponse, elle est un peu inattendue, mais surtout révélatrice d’une réalité sociale et politique américaine qui ne touche pas que lui.
Une tournée mondiale amputée d’un continent majeur
Le projet s’appelle Debí Tirar Más Fotos, une tournée qui va passer par l’Europe, l’Amérique latine, évidemment Porto Rico… mais pas par les États-Unis continentaux. Pas une seule date. Les fans américains, notamment ceux qui ont déjà fait la queue pendant des heures pour choper des billets lors des tournées précédentes, sont déçus, frustrés, et même un peu en colère pour certains.
On parle quand même d’un artiste qui a été la tête d’affiche du Coachella, qui a trusté la première place de Spotify pendant des années, et qui incarne à lui seul le poids de la musique latino dans le mainstream américain. Alors le voir boycotter volontairement les États-Unis, c’est un peu comme si Messi décidait de ne plus jouer en Europe. Donc tout le monde se demande ce qu’il se passe.
La peur des raids de l’ICE
Dans une interview accordée à i-D, Bad Bunny a expliqué son choix. Et là, c’est assez rare pour être souligné, il a parlé franchement, sans détour. L’une des raisons, dit-il, c’est la peur que l’ICE (l’agence américaine de l’immigration) profite de ses concerts pour traquer et arrêter des fans en situation irrégulière.
Tu vas voir ton artiste préféré, tu veux passer une soirée à danser, à crier les paroles, et tu te retrouves face à des agents de l’immigration à la sortie du stade. Un concert qui vire en cauchemar. C’est ce scénario, bien réel pour beaucoup de Latino-Américains aux États-Unis, que Bad Bunny refuse de cautionner.
Et ce n’est pas juste une posture “marketing” pour se donner une image engagée. Le sujet de l’immigration est un traumatisme collectif dans les communautés hispaniques aux États-Unis. Lui, qui se revendique comme artiste du peuple, ne veut pas être la cause involontaire d’un drame pour ses propres fans.
“Je n’ai rien contre les États-Unis”
Attention, il n’a pas dit qu’il détestait les États-Unis ou qu’il coupait les ponts pour toujours. Il insiste même sur le fait qu’il garde de très bons souvenirs de ses concerts passés. Et qu’il a toujours été bien reçu et que le public américain reste l’un de ses plus passionnés.
Mais, ajoute-t-il, il n’a pas envie de voir ses shows devenir un terrain de chasse pour les autorités. Et dans ce contexte politique, avec les tensions autour de l’immigration, le climat sécuritaire, et la campagne présidentielle américaine qui remet le sujet sur la table, on comprend mieux son refus.
D’ailleurs, il a une parade toute trouvée : “Si mes fans aux États-Unis veulent me voir, ils peuvent toujours venir à Porto Rico.” Une manière de dire, venez chez moi, sur mon île, sans risquer une descente de l’ICE devant les guichets.
Une décision politique, mais aussi symbolique
Le geste est fort, parce qu’il dépasse le cadre de la musique. Bad Bunny, ce n’est pas seulement un chanteur de reggaeton qui empile les records de streaming. C’est un artiste qui a déjà pris position sur des sujets politiques, que ce soit en soutien aux manifestations à Porto Rico ou pour défendre les droits LGBTQ+. Son refus des États-Unis continentaux pour cette tournée, c’est une manière de dire : je ne vais pas vous divertir à tout prix, pas si ça met mes fans en danger.
Évidemment, économiquement, c’est une perte. Les États-Unis, c’est le marché des stades XXL, des sponsors, des deals publicitaires. Mais Bad Bunny n’en est pas à son premier risque calculé. Sa carrière est justement marquée par ce mélange de provocation et de fidélité à ses valeurs.
Un choix définitif pour Bad Bunny ?
Est-ce que c’est définitif ? Est-ce que Bad Bunny va boycotter les États-Unis pour toujours ? Difficile à dire. On peut imaginer que si le climat politique change, s’il y a des garanties de la part des organisateurs ou des autorités, il pourrait revenir. Après tout, c’est là que se trouve une partie énorme de son public.
En attendant, ses concerts à Porto Rico promettent déjà monts et merveilles à ses fervents supporters. On peut s’attendre à voir débarquer des fans depuis New York, Miami, Chicago, et même plus loin. Des vols entiers remplis de “conejo malo lovers” prêts à traverser la mer pour quelques heures de communion musicale..





