Après son livre choc, Monsieur Le Prof se retrouve face au tribunal

AM.wiss

Ancien prof d’anglais devenu figure des réseaux, William Lafleur, plus connu sous le pseudo “Monsieur Le Prof”, s’est retrouvé ce mardi devant le tribunal correctionnel de Toulouse. En cause, trois pages de son livre L’ex plus beau métier du monde qui lui valent une plainte pour diffamation déposée par un inspecteur de l’Éducation nationale. Verdict attendu le 19 mai.

L’histoire a un petit goût d’ironie. Celui qui dénonçait un “système sur le point de s’effondrer” se retrouve aujourd’hui face à la justice pour quelques passages de son ouvrage publié chez Flammarion.

De prof à influenceur engagé

À 37 ans, William Lafleur s’est d’abord fait connaître sous le pseudo “MsieurLeProf” sur Instagram et X. Anecdotes de classe, vidéos humoristiques, puis critiques de plus en plus frontales sur les conditions de travail des enseignants. Résultat, une communauté solide qui le suit pour son franc-parler.

Après douze ans d’enseignement en Haute-Garonne et dans le Tarn-et-Garonne, il claque la porte en 2023. Perte de sens, impossibilité d’évolution salariale, pression administrative. Quelques mois plus tard, il couche tout ça sur papier dans L’ex plus beau métier du monde. Un titre qui sonne comme un hommage, mais aussi comme un constat amer.

Le livre s’appuie sur 2 400 témoignages d’enseignants et démonte point par point les failles du système. Salaires jugés peu attractifs, classes surchargées, violences, harcèlement, manque de moyens… et inspections vécues comme brutales par certains profs.

Trois pages qui font tout basculer

C’est précisément sur ce dernier point que le bât blesse.

Un inspecteur de l’Éducation nationale, le dernier à l’avoir évalué, a porté plainte pour diffamation deux mois après la sortie du livre. Dans quatre pages de l’ouvrage et dans deux messages publiés sur ses réseaux sociaux, William Lafleur décrit un inspecteur “très infantilisant” et parle d’une inspection vécue comme une forme de “maltraitance”.

Il évoque un entretien sans “un seul mot positif”, un “pilonnage à sens unique”. Le nom de l’inspecteur n’est pas mentionné, mais ce dernier estime être identifiable et considère que ces propos portent atteinte à son honneur.

À la barre du tribunal correctionnel de Toulouse, l’ancien enseignant a défendu sa position. Selon lui, il ne s’agit pas d’une attaque personnelle mais d’une critique d’un système. Il rappelle que les passages incriminés représentent trois pages sur 440. “C’est un livre contre un système, pas contre un inspecteur”, a-t-il résumé.

Liberté d’expression ou atteinte à l’honneur ?

Le débat est classique, mais toujours explosif. Où s’arrête la critique légitime d’un fonctionnement institutionnel et où commence la diffamation ?

L’avocate de William Lafleur, Me Élodie Baudras, soutient que les propos ne reposent pas sur des faits précis permettant de caractériser une diffamation. De l’autre côté, l’avocat de l’inspecteur, Me Laurent De Caunes, réclame 5 000 euros de dommages-intérêts. Selon lui, son client est reconnaissable et a été publiquement sali.

Le tribunal a mis sa décision en délibéré. Le jugement sera rendu le 19 mai prochain.

Un symbole plus large ?

Au-delà du cas personnel de William Lafleur, cette affaire cristallise un malaise plus profond. Ces dernières années, la parole des enseignants s’est libérée sur les réseaux sociaux. Beaucoup dénoncent des conditions de travail difficiles et une hiérarchie perçue comme déconnectée du terrain.

Le procès pose une question assez simple, mais lourde de conséquences. Peut-on raconter son expérience professionnelle, même négative, sans risquer des poursuites si une personne s’estime visée ?