Après avoir bouleversé le public à sa sortie, le film Amanda de Mikhaël Hers continue d’émouvoir. Derrière son calme apparent, sa fin cache un message fort, presque philosophique, sur la reconstruction et l’amour filial.
Un drame intime au cœur de Paris
Sorti en 2018, Amanda suit David, un jeune Parisien de 24 ans joué par Vincent Lacoste, qui mène une vie tranquille entre petits boulots et moments légers avec sa sœur Sandrine et sa nièce Amanda. Tout bascule après un attentat qui coûte la vie à Sandrine, laissant David seul face à un rôle qu’il n’avait pas choisi : celui de tuteur de la fillette.
Ce qui frappe, c’est la pudeur du film. Mikhaël Hers ne montre pas la violence, il la suggère. Il s’attarde plutôt sur l’après, sur ce moment suspendu où la vie doit continuer, même quand tout s’est effondré.
Un voyage comme symbole de résilience
Dans la dernière partie du film, David emmène Amanda à Londres. Ce déplacement, en apparence anodin, symbolise bien plus qu’un simple voyage : c’est un passage, une ouverture vers un ailleurs possible. Là-bas, ils rencontrent la mère de David, que celui-ci n’a pas vue depuis longtemps — une figure absente, presque fantomatique, qui ramène la question des liens familiaux brisés.
Le cadre londonien contraste avec la lourdeur parisienne du drame : la lumière change, les couleurs s’adoucissent, la caméra s’éloigne un peu. Ce choix visuel traduit le mouvement intérieur des personnages : après le chaos, vient une respiration.
La fin d’ »Amanda » expliquée : un espoir discret, pas un miracle
Le film se termine sur une scène simple : Amanda regarde un match de tennis, sourire timide, David à ses côtés. Pas de grandes déclarations, pas de musique dramatique. Juste une présence, un calme retrouvé. C’est précisément là que réside la beauté de la fin.
Mikhaël Hers refuse la catharsis habituelle du cinéma dramatique. Il propose une autre forme de réparation : silencieuse, ordinaire, mais profondément humaine. David, immature au début, est devenu un adulte. Amanda, malgré sa douleur, apprend à rire de nouveau. La vie reprend, sans effacer le drame, mais en l’intégrant.
Cette conclusion dit beaucoup sur notre époque. Dans un Paris encore marqué par les attentats, Amanda pose une question essentielle : comment continuer à vivre quand le monde s’effondre ? La réponse de Hers est claire : ensemble, lentement, avec douceur.
Un final salué pour sa justesse
Lors de sa présentation à la Mostra de Venise et au Festival de Tokyo (où il a remporté le Grand Prix), le film a été salué pour cette sincérité rare. Les critiques ont souligné la performance émotive de Vincent Lacoste, plus vulnérable que jamais, et celle de la jeune Isaure Multrier, bouleversante de naturel.
Pas d’artifice, pas de pathos. Juste la vérité nue des émotions. Ce réalisme sensible, presque documentaire, donne à la fin une force universelle : celle d’un espoir qui se réinvente.
Une leçon de cinéma et d’humanité
La dernière image du film reste en tête longtemps après le générique. David et Amanda avancent, maladroitement, mais ensemble. Le deuil devient un chemin, pas une fin. C’est toute la poésie du cinéma de Mikhaël Hers : raconter les silences, les gestes minuscules, ces choses qui ne font pas les gros titres mais qui, au fond, nous sauvent.Et si c’était ça, la vraie victoire d’Amanda ? Apprendre à vivre, tout simplement.





